Le niveau de l'indemnisation chômage freine-t-il vraiment le retour à l’emploi?

SOCIAL Manuel Valls et Jean-Marie Le Guen ont tour à tour annoncé cette semaine vouloir réformer l’assurance chômage…

Romain Lescurieux

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L'Unédic (assurance chômage) a aggravé lundi ses prévisions de déficit pour 2013, à 5 milliards d'euros, estimant que le nombre des chômeurs sans activité allait continuer de croître, même si c'est à un rythme ralenti par rapport à 2012.
L'Unédic (assurance chômage) a aggravé lundi ses prévisions de déficit pour 2013, à 5 milliards d'euros, estimant que le nombre des chômeurs sans activité allait continuer de croître, même si c'est à un rythme ralenti par rapport à 2012. — Philippe Huguen afp.com

Il a lancé les hostilités. Lundi à Londres, en pleine opération séduction, Manuel Valls a déclaré devant les représentants des milieux d’affaires de la City que la question de l’assurance-chômage devait «être reposée» tant sur le plan du montant de l’indemnisation que de sa durée.

Mardi, Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, a poursuivi dans cette logique, parlant d'un système freinant la reprise d’une activité professionnelle. Les syndicats se sont tout de suite opposés à une éventuelle réforme. 20 Minutes décrypte les intentions du gouvernement avec l’ouvrage de Bruno Coquet: Assurance chômage: six enjeux pour une négociation, publié par l’Institut de l’Entreprise.

La durée d’indemnisation est trop longue

La question de l’assurance-chômage «doit être reposée» notamment sur le plan de la durée d’indemnisation, a estimé Manuel Valls. Pour Bruno Coquet, «la durée potentielle d’indemnisation est un paramètre emblématique de la générosité des droits. C’est l’un des principaux points de cristallisation des tensions qui affectent l’assurance-chômage en France». Mais selon lui, «la conjoncture justifie d’accroître la durée potentielle des droits, mais ceux-ci devraient aussi pouvoir être réduits lorsque la conjoncture de l’emploi redevient plus favorable».

Le montant est trop élevé

«En Grande-Bretagne et en Allemagne, le temps partiel a permis de préserver l’emploi et de repartir de manière plus forte quand la croissance est revenue. Nous, en France, avons fait le choix d’un chômage très important et très bien indemnisé», a déclaré le Premier ministre. Pourtant, selon l’économiste Bruno Coquet, «l’assurance-chômage a été créée pour aider les chômeurs à subvenir à leurs besoins jusqu’à ce qu’ils retrouvent un emploi. En effet, l’expérience a montré que la stabilisation des revenus des chômeurs est vertueuse pour l’ensemble de l’économie. Or l’assurance-chômage, bien que nécessaire, est mise en danger dès lors que sa soutenabilité (répondre aux besoins du moment sans compromettre ceux futurs, ndlr) n’est plus assurée».

Les cadres en profitent plus que les autres

«On le sait, des gens qui ont un certain niveau de rémunération de substitution, les cadres par exemple, pour lequel ils peuvent se dire légitimement, "dans le système actuel, je peux attendre six mois un an avant de rechercher un travail"», a déclaré Jean-Marie Le Guen. De manière globale, selon Bruno Coquet, «l’existence d’un bon système d’assurance-chômage permet aux salariés de s’engager dans des projets risqués, et donc d’épauler indirectement les entreprises qui entreprennent ces derniers, créant des emplois productifs et bien rémunérés».

Le système actuel est un frein au retour à l’emploi

«Oui par certains aspects il l'est», estime Le Guen. «Ça sera dans le débat, y compris dans le débat social dans les mois qui viennent», a-t-il ajouté. «Un régime d’assurance-chômage correctement paramétré peut se dispenser de dispositions complémentaires visant à stimuler la reprise d’emploi: s’il est toujours plus intéressant sur le plan financier d’être en emploi qu’au chômage, et que des offres d’emplois pertinentes parviennent aux chômeurs en nombre suffisant, alors les incitations à la sortie offertes par les règles d’indemnisation se suffisent à elles-mêmes», mentionne Bruno Coquet.