Recapitalisation d’Euro Disney: Quel est le problème?

ECONOMIE Disneyland a perdu en 2014 entre 700.000 et 800.000 visiteurs…

Romain Lescurieux

— 

Le parc Euro Disney à Chessy, dont la situation financière sera évoquée lors d'un comité d'entreprise extraordinaire
Le parc Euro Disney à Chessy, dont la situation financière sera évoquée lors d'un comité d'entreprise extraordinaire — Thomas Samson AFP

Euro Disney l'exploitant de Disneyland Paris, a annoncé lundi un projet de recapitalisation d'un milliard d'euros soutenu et garanti par sa maison mère américaine The Walt Disney Company, censée lui donner de l'air pour les années à venir. Conjoncture économique, baisse de la fréquentation, capacité d'accueil, tarifs… Comment le parc de Marne-la-Vallée en est-il arrivé là?

Quel est le problème de Mickey?

«Disneyland Paris est la première destination touristique en Europe, mais la dégradation de l'environnement économique et le poids de la dette du groupe ont fortement impacté ses recettes et sa liquidité», a expliqué Tom Wolber, le nouveau président d'Euro Disney. En fait, depuis ses origines, le groupe souffre d'un problème de dette colossale et fait les frais de la conjoncture morose des dernières années, qui a entraîné une désaffection des visiteurs.

A quel niveau se situe cette fréquentation?

Disneyland a perdu en 2014 entre 700.000 et 800.000 visiteurs, selon des chiffres provisoires, après déjà 1,1 million d'entrées en moins en 2013. Les deux parcs du site ont accueilli «entre 14,1 et 14,2 millions de visiteurs» en 2014, loin du record de 16 millions enregistré en 2012 pour les 20 ans du site. La désaffection de cette année est imputable pour «plus de la moitié» à la clientèle française, a indiqué à l'AFP le directeur financier, Mark Stead. «Mais les Belges ont reculé aussi, alors que les Britanniques, les Espagnols et les Italiens sont venus plus nombreux». La direction a toutefois prédit «encore deux ou trois années pénibles au niveau de la fréquentation».

Comment le parc en est-il arrivé là? 

«Le montage financier de départ a eu un seul tort: Faire l'hypothèse que tout allait bien se passer», racontait, le PDG d'Euro Disney de 1993 à 1997, Philippe Bourguignon en 2012 au Figaro. Mais la montée de la fréquentation plus lente que prévu doublée d'une dette trop importante a dès le début écorné la magie. Il y a deux ans, la maison mère américaine avait déjà volé au secours d'Euro Disney en refinançant sa dette avec un prêt de 1,3 milliard d'euros. Pour Didier Arino, président du cabinet Protourisme, «le problème d'Euro Disney est un problème de modèle économique, lié à leur dette et leurs investissements de départ», a-t-il expliqué à l’AFP. «A chaque fois, l'entreprise restructure et se retrouve au bord du gouffre 10 ans plus tard. Or elle ne peut pas gagner beaucoup plus d'argent, car la capacité maximale du parc est limitée et les prix ne peuvent pas augmenter indéfiniment», estime-t-il.

Désormais, quel est le plan envisagé pour le parc de Marne-la-Vallée?

Le plan, qui sera réalisé au premier semestre 2015, se traduira par une injection d'argent frais de 420 millions d'euros en espèces par Disney, par la conversion en actions de 600 millions d'euros de dette détenue par la maison mère et par un report jusqu'à 2024 du remboursement des prêts en cours accordés par Disney, qui détient près de 40% d'Euro Disney. Les syndicats se félicitent de cette annonce: «Cela va permettre de préserver l’emploi, de continuer à générer 50.000 emplois directs et indirects en Ile-de-France ou encore de garantir le pouvoir d’achat des salariés», a déclaré la section syndicale CFE-CGC Eurodisney dans un communiqué.

En quoi ça va les aider?

La recapitalisation devrait permettre à Euro Disney d'améliorer sa situation de trésorerie d'environ 250 millions d'euros et de réduire de 750 millions d'euros son endettement, pour le ramener sous le milliard d'euros. Objectif: investir et innover pour attirer les clients. Pour le moment, le titre de l'exploitant de Disneyland Paris, Euro Disney, perdait plus de 15% à 2,92 euros lundi matin à la Bourse de Paris, après l'annonce du projet de recapitalisation