Christian Eckert: «Les efforts demandés aux Français nous ont permis de réduire le déficit de l’Etat de moitié»

INTERVIEW Le secrétaire d’Etat Christian Eckert a présenté ce mercredi avec le ministre Michel Sapin le budget 2015 de la France...

Propos recueillis par Céline Boff

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Le secrétaire d'Etat en charge du Budget Christian Eckert.
Le secrétaire d'Etat en charge du Budget Christian Eckert. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Vingt et un milliards d’euros d’économies pour financer principalement de nouveaux coups de pouce aux entreprises et aux ménages. Voilà ce que prévoit le budget 2015 de la France. Christian Eckert, secrétaire d’Etat en charge du Budget, répond aux questions de 20 Minutes.

Le gouvernement avait promis de ne pas augmenter les impôts des ménages en 2015, mais vous haussez la fiscalité du gazole…

La suppression de l’écotaxe nous contraint à trouver d’autres moyens de financer les infrastructures de transport dont les Français ont besoin, comme les routes, le rail, etc. Nous avons donc décidé d’augmenter de deux centimes la TICPE sur le gazole, alors que le prix du litre a baissé de sept centimes depuis janvier. Cette mesure nous rapportera 800 millions d’euros. Je rappelle que le gazole a un impact sur l’environnement et la santé.

Cette taxe sera payée par les ménages, mais pas par les transporteurs. Nous sommes loin du principe du pollueur-payeur…

Tous les transports polluent et faire payer les transporteurs, c’est aussi pour partie faire payer le consommateur, puisque le prix des marchandises transportées augmente. Par ailleurs, les transporteurs vont eux aussi contribuer, puisque nous lancerons dans les premiers mois de 2015 le péage de transit pour les poids-lourds, pour un prélèvement annuel d'environ 600 millions d’euros.

Autre hausse prévue: celle de trois euros sur la redevance télé. C’est une nouvelle entorse à la promesse de stabilité fiscale…

Cette hausse, très limitée, rapportera 115 millions d’euros. Un montant à comparer avec la baisse des impôts sur le revenu de 3,2 milliards, qui bénéficiera à 9 millions de foyers. Sans compter les autres mesures fiscales, comme le crédit d’impôt pour inciter les ménages à effectuer des travaux énergétiques dans leur logement. Au total, nous serons donc à près de trois milliards de prélèvements en moins pour les ménages l’an prochain. Les impôts baissent pour la première fois depuis cinq ans.

Concernant l’impôt sur le revenu, quel sera le gain pour les ménages?

Deux exemples: un célibataire qui gagne 1.350 euros nets par mois bénéficiera d’une réduction d’impôts de 222 euros, soit une baisse de 44%. Et un couple d’actifs avec deux enfants, dont le revenu net est de 3.160 euros, passera de 744 euros d’impôts cette année à zéro euro l’an prochain.

Vous aidez les ménages modestes, mais vous ne faites rien pour les travailleurs pauvres…

Nous fusionnerons la prime pour l’emploi et le RSA-activité, mais nous devons encore travailler sur ce dispositif. Je rappelle que le montant du RSA-socle a été réévalué de 2% en septembre, après avoir déjà progressé de 1,3% en janvier.

Une fois de plus, la France ne respecte pas ses engagements en matière de déficit public et ce, malgré les fortes hausses d’impôts. Comment l’expliquez-vous?

Les efforts demandés aux Français n’ont pas été gaspillés. Ils nous ont permis de réduire le déficit de l’Etat de moitié. Il atteignait 148 milliards en 2010, il sera de 75,7 milliards en 2015. Et le déficit public global baissera l’an prochain, grâce aux 21 milliards d’économies que nous prévoyons. Malheureusement, nous avançons dans un contexte difficile, avec une croissance et une inflation faibles, qui ne nous permettent pas d’ajuster nos comptes aussi rapidement que nous l’espérions.

Vous allez réduire les subventions aux collectivités, mais leurs budgets vont tout de même augmenter, grâce à la fiscalité locale. Pourquoi ne plafonnez-vous pas ces prélèvements?

D’abord, parce que la France a inscrit dans sa constitution le principe de la libre administration des collectivités territoriales. Mais nous prenons de nouvelles mesures. En 2016, les dotations seront attribuées selon de nouveaux critères, plus pertinents. Nous avons aussi créé un nouvel indice, qui mesurera combien les collectivités dépensent. Ce qui nous permettra de mieux les inciter aux économies.

Quid de la fraude fiscale?

Cette année, la lutte contre la fraude fiscale conduit à 18 milliards d’euros de redressement notifiés à des ménages et à des entreprises. Par ailleurs, la régularisation des comptes ouverts à l’étranger et non déclarés devrait rapporter cette année 1,8 milliard. Nous serons dans le même ordre de grandeur l’an prochain.

D’après la Cour des comptes, les fraudes aux cotisations sociales, pratiquées par les employeurs, représenteraient 20 à 25 milliards d’euros. Soit le montant des économies que vous devez réaliser l’an prochain…

Nous renforçons les contrôles en matière de fraudes fiscale et sociale, notamment sur les travailleurs détachés. C’est l’une de nos priorités constantes depuis 2012.