En taxant plus le gazole, le gouvernement frappe les automobilistes au portefeuille

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L'augmentation de deux centimes de la taxe sur le gazole suscite la colère des automobilistes
L'augmentation de deux centimes de la taxe sur le gazole suscite la colère des automobilistes — Charly Triballeau AFP

L'augmentation de deux centimes de la taxe sur le gazole, carburant le plus populaire de France, suscite la colère des automobilistes, qui voient dans cette mesure prévue dans le projet de budget 2015 une nouvelle atteinte à leur pouvoir d'achat, surtout pour les plus modestes.

«La mobilité doit conserver un coût raisonnable!», insiste dans un communiqué Didier Bollecker, président de l'Automobile Club Association.

Le gouvernement a confirmé mercredi qu'il allait relever la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) sur le gazole pour financer les infrastructures de transport, comme l'évoquait avec insistance la presse depuis quelques semaines.

Rendement attendu: environ 800 millions d'euros, destinés à combler le manque à gagner découlant de la réforme de l'écotaxe, qui doit être remplacée par un péage de transit poids lourds dans les premiers mois de 2015.

Les transporteurs routiers en seront exonérés, comme ils le sont déjà pour une autre hausse prévue au 1er janvier 2015, qui cible également le gazole, principal carburant vendu à la pompe en France, avec environ 80% des volumes écoulés.

En effet, à cette date, la «contribution climat énergie», souvent rebaptisée «taxe carbone», engendrera une hausse de 2 centimes le litre pour le gazole et d'environ 1,8 centime pour l'essence sans plomb.

Avec la hausse annoncée ce mercredi, la facture s'alourdira donc de 4,8 centimes par litre au total en incluant la TVA, soit 2,4 euros pour un plein de 50 litres.

«Cinq centimes, c'est une petite pièce. Mais multiplié par le nombre de litres... Ce ne sont pas des litres pour aller faire des tours de périphérique gratuit mais pour aller bosser», s'insurge Pierre Chasseray, délégué général de l'association «40 millions d'automobilistes».

«Le gouvernement cherche juste à compenser l'erreur politique de l'écotaxe et se réfugie derrière des arguments écologiques. Mais ça ne tient pas: c'est au moment où le diesel est le plus propre qu'on veut le taxer», ajoute-t-il.

- Revirement gouvernemental -

Comme lui, le Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA) déplore une mesure pénalisante pour les moins aisés.

«La hausse va porter essentiellement sur les véhicules les plus anciens, qui consomment plus et appartiennent aux Français les moins fortunés», explique François Roudier, directeur de la communication.

«Ils utilisent leur voiture pour des trajets contraints (travail et famille). Ce sont donc eux qui paieront massivement l'augmentation du diesel. C'est mathématique», ajoute-t-il.

A la fin 2013, 62,1% des 31,7 millions de voitures particulières en France roulaient au gazole, selon les constructeurs.

Les taxes sur ce carburant classé cancérogène sont actuellement inférieures d'environ 20 centimes par litre à celles sur l'essence, ce qui a encouragé la prédominance du diesel dans le parc automobile français, spécialité des constructeurs nationaux.

«Si on pénalise le diesel, c'est une pénalité pour l'industrie automobile française», a prévenu le PDG de PSA Peugeot Citroën, Carlos Tavares, à la veille de l'ouverture des journées professionnelles du Mondial de l'automobile de Paris.

L'idée de taxer davantage le gazole était un serpent de mer de la fiscalité française, toujours rejetée jusqu'à ce que l'exécutif actuel vire sa cuti.

En septembre 2013, le sujet avait même provoqué une crise entre écologistes et socialistes, lorsque le gouvernement avait tranché pour l'inclusion d'une «composante carbone» dans les taxes frappant les carburants, sans remettre en cause l'avantage fiscal du gazole.

Un an plus tôt, l'exécutif s'était même attaqué à la cherté des carburants, en pleine flambée des prix, en baissant temporairement la TICPE.

Aujourd'hui, le ministre des Finances, Michel Sapin, relativise l'impact de la hausse en invoquant le tassement des prix des carburants depuis plusieurs semaines, alors que Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie et de l'Energie, ne voulait pas d'une mesure d'«écologie punitive».

«Le rééquilibrage de la fiscalité entre l'essence et le diesel est indispensable», estime Matthieu Orphelin, conseiller spécial de la Fondation Hulot pour les questions d'énergie. «Mais augmenter le diesel pour mieux exempter les transporteurs routiers de toute contribution sur les coûts et les pollutions qu'ils génèrent n'est pas la meilleure façon de le faire».

L'Union française des industries pétrolières (Ufip) salue quant à elle le rapprochement de la fiscalité sur l'essence et le gazole mais estime qu'«il pouvait aussi se faire de façon différente, simplement en réduisant la fiscalité sur l'essence».