Dette publique: «Ce que l'Etat possède est supérieur à ce qu'il doit»

INTERVIEW Alors que la dette publique de la France enregistre un nouveau record, l'économiste Mathieu Plane se veut rassurant...

Propos recueillis par Céline Boff

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Pièces et billet de la monnaie européenne
Pièces et billet de la monnaie européenne — Andreas Gebert dpa

C’est une première. Fin juin, notre dette publique a dépassé la barre symbolique des 2.000 milliards d’euros. Elle a atteint plus précisément 2.023,7 milliards, soit un montant deux fois plus élevé qu’il y a dix ans. L’Etat risque-t-il de faire faillite? 20 Minutes a posé la question à Mathieu Plane, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

La dette publique représente désormais 95,1% du PIB de la France, c’est-à-dire de ses richesses. L’Etat peut-il faire défaut?

Les marchés ne le pensent pas, puisque les taux sont extrêmement bas. Aujourd’hui, la France emprunte à 1,3% à 10 ans, contre 2,5% pour les Etats-Unis ou le Royaume-Uni. Et l’Allemagne emprunte à seulement 0,3 point de moins que nous.

A partir de quel taux d’endettement la France sera-t-elle en danger?

Il n’existe pas de seuil absolu. Des pays peuvent faire défaut avec une dette représentant seulement 50% de leur PIB. A l’inverse, le Japon, dont la dette atteint 250% de son PIB, emprunte à 0,53%, soit le taux le plus faible de la planète.

Mais plus la dette est élevée, plus le risque s’accroît…

Bien sûr. Mais il ne faut pas oublier que nous parlons de dette brute. Il faut également considérer tout ce que l’Etat possède, que ce soit en termes d’actifs financiers -par exemple des actions EDF- ou de patrimoine. Or, la valeur de ces actifs dépasse les 2.023,7 milliards d’euros de dettes que nous avons.

C’est ce qui rassure les investisseurs?

Ils ont surtout été rassurés par les déclarations de Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne. En juillet 2012, Draghi a assuré qu’il ferait tout pour sauver l’euro, sous-entendant que la BCE pourrait, en dernier recours, racheter de la dette publique si un Etat venait à faire défaut. C’est ce que font d’ailleurs les Etats-Unis, le Japon ou encore le Royaume-Uni.

Mais la BCE n’a encore jamais racheté de dette publique…

Peu importe. C’est comme l’arme nucléaire: il n’est pas utile de s’en servir pour convaincre. Les déclarations de Draghi ont porté leurs fruits comme le prouvent les taux très bas auxquels empruntent tous les pays de la zone euro, y compris l’Espagne ou l’Italie. Ils sont confrontés à taux respectifs de 2,2% et 2,4% alors qu’ils empruntaient autour de 6% en juin 2012…

Et si, pour la France, les taux remontent brusquement, que se passera-t-il?

La charge de la dette, c’est-à-dire les dépenses que l'État consacre au paiement des intérêts de sa dette, augmentera, mais pas du jour au lendemain. Comme la France emprunte en moyenne sur sept ans, seule une portion de sa dette sera affectée. Concrètement, si les taux augmentent d’un point, la charge de la dette progressera de «seulement» 0,14 point de PIB la première année.