SMIC, 35h, jours fériés: Que valent les propositions du Medef?

EMPLOI Décryptage de trois mesures phares du projet «1 million d’emplois» présenté ce mercredi par l’organisation patronale…

Claire Planchard

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Pierre Gattaz le 24 septembre 2014 ausiège du MEDEF lors de la présentation du projet «1 million d'emplois»
Pierre Gattaz le 24 septembre 2014 ausiège du MEDEF lors de la présentation du projet «1 million d'emplois» — Remy de la Mauviniere/AP/SIPA

Le Medef persiste et signe. Dix jours après le tollé provoqué par la publication dans les Echos d’une première mouture «non finalisée» de son projet, son patron Pierre Gattaz a pesé ses mots ce mercredi pour la présentation officielle de ses 12 idées pour créer 1 million d’emplois en 5 ans. «Nous ne remettons pas en cause le Smic, il faut être très clair, dans notre document définitif, nous ne remettons pas en cause les 35 heures, et c'est clair aussi», a-t-il pris soin de préciser. Mais au-delà des précautions sémantiques, les propositions chocs restent les mêmes.

Supprimer 2 jours fériés sur 11. Selon le Medef, cela «permettrait d'allonger la durée annuelle travaillée de 1,2 jour, «ce qui représente environ 0,9% de produit intérieur brut» soit «100.000 emplois supplémentaires». Un calcul totalement fantaisiste selon les économistes: «Une étude de l’Insee a montré que supprimer 2 jours fériés n'apporterait que 0,15 point de hausse de PIB qui ne se traduirait pas forcément par plus d’emplois. En effet, il faut prendre en compte le fait que les entreprises anticipent les jours fériés en faisant travailler plus leurs salariés avant et après», souligne Guillaume Allègre, économiste spécialiste du marché du travail à l’Ofce.

Une durée légale du temps de travail négociable. Le Medef appelle à «prendre en compte la diversité des situations, des secteurs d'activité, et permettre la fixation négociée d'une durée du travail, au niveau de l'entreprise», la loi ne s'appliquant alors qu'aux entreprises ne pouvant pas ou ne souhaitant pas négocier. «Ce que demande le Medef, c’est de pouvoir faire travailler les salariés plus en les payant autant, c'est-à-dire en réalité moins! Et cela, tout en conservant la flexibilité de l’annualisation du temps de travail et les allégements de charge sur les bas salaires obtenus en 2000 en contrepartie du passage à 35h payées 39h. C’est totalement impossible à faire accepter dans une négociation sociale ou alors c’est le retour de la lutte des classes!» souligne Gérard Cornilleau, spécialiste du marché du travail à l’Ofce. «Il y a déjà beaucoup de flexibilité en matière d’annualisation, des dérogations possibles. Elles ne sont pas toujours utilisées. Ce qui manque aux entreprises ce sont des carnets de commandes remplis. En cette période de chômage de masse, la hausse de la durée du travail est contre-productive!» souligne pour sa part Frédéric Lerais, directeur de l’Institut de recherche économique et sociale (Ires).

Des contrats aidés ciblés sur les chômeurs de longue durée. Le Medef souhaite «travailler sur un cadre transitoire d'accès à l'emploi, destiné à certaines populations très éloignées de l'emploi» et plaide pour la création de contrats aidés permettant de les recruter à un coût inférieur au Smic plus les charges patronales. «Ce type de contrats existe depuis longtemps. Mais pour réduire le chômage, les emplois aidés publics sont bien plus efficaces car il n’y a pas d’effet d’aubaine: dans le privé, ce sont surtout les entreprises qui auraient embauché de toute façon qui profitent de ce type de dispositif», note Guillaume Allègre. «Toutefois ce n’est pas forcément une mauvaise idée, concède-t-il, car en ciblant les chômeurs de longue durée, on contribue à changer l’ordre dans "la file d’attente" de l’embauche: on permet à des gens qui sont au chômage depuis deux ou trois ans de ne pas se décourager et de retrouver un emploi quand la croissance reviendra. C’est une façon de partager la misère mais certainement pas un remède miracle pour créer un million d’emplois.»