Illettrisme: Comment les entreprises luttent contre leurs gros maux

TRAVAIL Au-delà du cas de Gad, la lutte contre l’illettrisme concerne de très nombreuses entreprises...

Nicolas Beunaiche

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Illustration femme de ménage.
Illustration femme de ménage. — MYCHELE DANIAU / AFP

Le mot de trop. En qualifiant une partie des salariés de l’abattoir Gad d’«illettrés», Emmanuel Macron a involontairement déclenché, mercredi, une polémique qui l’a contraint à s’expliquer devant les députés. Face à une élue UMP qui l’interpellait, le ministre de l’Economie a donc exprimé sa «peine» sur la forme. Mais pas sur le fond: «Mon regret Madame, c'est précisément qu'aujourd'hui vous soyez aussi révoltée par les mots mais que vous ne soyez pas aussi révoltée par les réalités.»

Au-delà du dossier Gad, les réalités dont parle le ministre ont été chiffrées par l’Insee. En 2011, l’illettrisme touchait en France 7% des adultes de 18 à 65 ans, soit 2,5 millions de personnes, dont la moitié aurait un travail. Un pourcentage qui monterait même bien plus haut dans certaines entreprises de l’industrie agroalimentaire ou du bâtiment… Mais la réalité, ce sont aussi les efforts des partenaires sociaux pour réduire ces proportions.

Derniers blocages

Ces dernières années, de nombreux acteurs se sont emparés du sujet: les institutionnels (les régions, l’Education nationale, l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme…), les syndicats, les branches professionnelles et évidemment les entreprises elles-mêmes. «Une bonne partie d’entre elles, y compris des abattoirs, ont bien compris la nécessité d’agir, assure Louis Baron, secrétaire général de la CFDT Bretagne. Les métiers ont évolué et ces entreprises ont pris conscience qu’il faut permettre aux salariés de s’adapter.»

Pour les autres, reste à faire sauter certains blocages. «Toutes les entreprises ayant des salariés qui n’ont pas l’habitude d’écrire sont concernées à des degrés divers. Mais il n’est pas toujours simple de convaincre l’encadrement de proximité de l’intérêt des formations», regrette Jean-Philippe Mercier, responsable du pôle lutte contre l’illettrisme au Crefor Haute-Normandie (centre de ressources emploi-formation).

«Ce n’est pas un retour à l’école»

Sur le terrain, les entreprises qui ont fait le choix de se mobiliser mettent souvent en place elles-mêmes un plan de lutte contre l’illettrisme, quand elles ne passent pas par la branche professionnelle dont elles sont membres. Onet, leader français du secteur du nettoyage, s’en est ainsi remis à la Fédération des entreprises de propreté (FEP), qui a ensuite fait appel à un organisme de formation indépendant. Une «belle réussite», selon la FEP, qui assure que 17% des salariés ayant suivi une formation ont poursuivi avec la préparation d’un certificat de qualification professionnelle pour évoluer dans leur entreprise.

La formation de ces personnes souffrant d’illettrisme n’est toutefois pas chose aisée. «Quand on s’adresse à des salariés qui ont ce type de problèmes, il faut les aborder de façon prudente, explique Louis Baron. Il faut prendre gare à ne pas les stigmatiser en leur disant par exemple “on va tout reprendre de zéro”. Ce n’est pas un retour à l’école.»

Or «les entreprises ne s’y prennent pas toujours comme il faut, déplore Jean-Philippe Mercier. Elles n’accentuent pas suffisamment l’aspect professionnel de ces formations et n’ont pas perçu l’importance de faire un travail systémique avec tous les échelons de la hiérarchie.» «Les employeurs ont du mal à comprendre qu’il ne faut pas attendre d’être en difficulté pour intervenir», complète Louis Baron. La sortie d’Emmanuel Macron aura au moins, peut-être, eu le mérite de le leur rappeler.

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