Médicament: «L'incompréhensible» décision de la Commission européenne

SANTE Pour les défenseurs de la santé publique, les médicaments ne doivent pas être considérés comme une marchandise...

20 Minutes avec AFP

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L'agence européenne du médicament (EMA) s'est déclarée vendredi favorable aux pilules de 3 et 4e générations dont les bénéfices restent supérieurs aux risques, selon elle, malgré un taux plus élevé d'accidents par thromboses veineuses.
L'agence européenne du médicament (EMA) s'est déclarée vendredi favorable aux pilules de 3 et 4e générations dont les bénéfices restent supérieurs aux risques, selon elle, malgré un taux plus élevé d'accidents par thromboses veineuses. — Philippe Huguen AFP

La décision du président de la Commission européenne de rattacher les produits de santé et de l'agence européenne du médicament (EMA) au secteur des entreprises, est une régression selon la revue française Prescrire et le British Medical Journal (BMJ).

Qualifiée d'«incompréhensible retour en arrière», cette «décision de rattacher à nouveau la politique du médicament et l'EMA à la direction générale Entreprises est une immense déception et suscite l'incompréhension de tous ceux qui donnent la priorité à la santé publique en Europe», écrivent dans une lettre au président de la Commission, Jean-Claude Juncker, Fiona Godlee, rédactrice-en-chef du BMJ et Bruno Toussaint, directeur de la revue indépendante Prescrire, rendue publique mardi.

Ils rappellent dans cette missive intitulée «Le médicament n'est pas une marchandise...» que la décision, en 2009, de son prédécesseur José Manuel Barroso de rattacher «enfin» la politique des produits de santé (médicaments et dispositifs médicaux) et l'Agence européenne du médicament(EMA) à la direction générale Sanco (santé et consommateurs) plutôt qu'à la direction générale Entreprises, avait été saluée.

«Les intérêts industriels y sont en permanence puissamment défendus»

Ce rattachement, «réclamé depuis longtemps», est un «meilleur gage d'une priorité donnée à la santé publique et aux patients, plutôt qu'aux intérêts industriels et économiques à courte vue». «Trop de médicaments mis sur le marché européen ne représentent pas de progrès tangible pour les patients, voire sont de véritables régressions», relèvent encore les auteurs. Et, ils avertissent Junker : «Rapprocher encore davantage l'EMA des firmes met en danger la protection de la santé des citoyens européens».

Observateurs de l'activité de l'agence européenne du médicament (EMA) depuis son origine (1995), les auteurs soulignent que «les intérêts industriels y sont en permanence puissamment défendus». Ils en citent un exemple récent: «En 2010, l'EMA a annoncé une politique volontariste de transparence et d'accès public aux données sur lesquelles l'agence base ses avis, qui intéressent la santé des Européens.»

Or, «la position de l'EMA s'est retournée de manière spectaculaire au cours des derniers mois, concomitamment avec la prise de fonction à l'agence d'un responsable juridique issu des firmes».