Les fantasy leagues en France, un terrain de jeu encore en friche

SPORT Enorme succès aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, les ligues sportives virtuelles peinent à s’installer sur le marché français...

Nicolas Beunaiche

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Capture d'écran de la fantasy league LFP/Yahoo.
Capture d'écran de la fantasy league LFP/Yahoo. — 20 MINUTES

Aux Etats-Unis, elles comptent plus de 30 millions de joueurs, font l’objet d’émissions de télévision et de radio, et ont même inspiré une série qui en est à sa sixième saison. Les fantasy leagues, ces jeux en ligne qui vous proposent de devenir le manager fictif d’une équipe dont les membres sont des sportifs professionnels bien réels, sont tout simplement devenus un phénomène de société au pays du hockey, du baseball et de l’autre football. En France? Pas grand-chose, ou tout du moins des stades virtuels qui sonnent encore un peu creux…

Dans l’Hexagone, les sports majeurs ont pourtant tous leur championnat virtuel. La Ligue nationale de rugby (LNR), qui a lancé sa plateforme en partenariat avec PMU. fr en 2012, revendique désormais 7.000 inscrits. La Ligue de basket (LNB), elle, a franchi le pas un an plus tard, atteignant à son premier essai la barre des 10.000 joueurs. Quant à la Ligue de football (LFP), le sport roi en France, elle se targuait en 2013, pour sa troisième saison consécutive, d’avoir attiré 120.000 managers virtuels. Un score honorable mais très loin des trois millions de joueurs de la fantasy league organisée par la Premier League, le championnat britannique.

Un marché pas encore mature

Pour Boris Helleu, responsable du master 2 «management du sport» à l’Université de Caen, ce n’est pas un hasard si le phénomène s’est d’abord développé aux Etats-Unis, où les joueurs dépensent chaque année trois milliards de dollars. «Là-bas, les sports majeurs y produisent une batterie de statistiques favorisant l’objectivation des performances des sportifs», analyse-t-il. Au contraire du football ou du rugby, faits de phases de jeu très longues durant lesquelles il est compliqué d’analyser la contribution de chacun des joueurs, les sports américains sont en effet scandés par des phases bien plus courtes rendant leur traduction en chiffres plus aisée. A cela s’ajoute, selon le chercheur, la fréquence des matchs, plus élevée aux Etats-Unis qu’en France, avec tout ce que cela signifie en termes d’implication des joueurs en ligne.

Mais cela ne suffit toutefois pas à expliquer le retard français sur son voisin britannique. Pour Wulfran Devauchelle, consultant sport pour le cabinet de conseil Kurt Salmon, le second facteur explicatif est culturel. «Les audiences des chaînes et l’affluence des stades le montrent: la France n’est pas un pays de sport, estime-t-il. On a par ailleurs du mal avec le sport business, ce qui n’est pas le cas dans les pays anglo-saxons.» Ainsi, quand des acteurs privés se saisissent des fantasy leagues aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, la France doit essentiellement se contenter de plateformes basiques (et donc gratuites) lancées par les ligues professionnelles elles-mêmes. «Le signe que le marché n’est pas mature», selon Wulfran Devauchelle.

Un projet étranger en France?

La monétisation des fantasy leagues françaises semble donc être encore un doux rêve. Contactée, la Ligue nationale de basket assure ainsi qu’un passage au payant «n’est pas d’actualité». «Il est encore un peu tôt pour se développer», confie-t-elle. «Aujourd’hui, les fantasy leagues ne sont qu’un produit d’appel», résume Boris Helleu. «Les ligues, qui n’ont pas l’image que peuvent avoir les clubs, s’en servent pour créer une communauté, tandis que les sites comme Yahoo ou le PMU les utilisent pour rendre leur public plus captif», complète Wulfran Devauchelle. Le premier peut ainsi attirer des annonceurs en lui promettant des internautes qui passent beaucoup de temps sur son site, pendant que le second voit dans les fantasy leagues «un chemin tracé vers les paris». Actuellement, indique PMU. fr, 50 % des managers virtuels sont aussi des parieurs. Et demain?

Demain, les perspectives de développement existent tout de même pour les plateformes françaises, estiment les spécialistes. «Il y a trois-quatre ans, personne ou presque ne connaissait les fantasy leagues. Aujourd’hui, quand j’en parle à mes étudiants, ils savent ce que c’est et nombre d’entre eux y participent», assure Boris Helleu. Wulfran Devauchelle évoque, quant à lui, des projets d’investissement d’acteurs internationaux sur le marché français. Une aide bienvenue qui pourrait aider les fantasy leagues à battre sur les terrains de foot leur concurrent numéro un: «Football Manager».