Pourquoi les exportations françaises d’armement ont fait un carton en 2013

INDUSTRIE Le dernier rapport au Parlement sur les exportations confirme une progression de 43% sur un an…

C.P. avec AFP

— 

Sur le stand de Safran au salon du Bourget le 23 juin 2013.
Sur le stand de Safran au salon du Bourget le 23 juin 2013. — JPDN/SIPA

«Ne boudons pas notre plaisir». Le ministre de la Défense avait le sourire ce mardi à l’université d’été de la Défense organisée à Bordeaux. Après une moisson de contrats décevante en 2012 et en plein débat sur la perte de compétitivité de l’industrie française, il venait présenter les résultats «exceptionnels» des exportations françaises d’armement en 2013: des commandes nouvelles en hausse de 43 %, à 6,87 milliards d’euros, selon le rapport parlementaire annuel paru la veille.

Arabie saoudite et satellites

Ce rebond permet ainsi à la France de conserver son rang de 4e plus grand exportateur mondial de matériels de défense, aux côtés des États-Unis, du Royaume-Uni, de la Russie et ce «en dépit d’une très rude concurrence internationale, et la tendance au recul des dépenses militaires des États occidentaux, qui oriente à la baisse le marché de l’exportation de Défense», a souligné mardi le ministre.

Pourquoi un tel rebond? La forte progression des prises de commandes repose en particulier sur d’importants contrats passés avec l’Arabie saoudite, qui redevient le premier client de la France, «avec plus de 1,9 milliard d’euros de contrat entrés en vigueur en 2013», a noté le Jean-Yves Le Drian. Il s’agit notamment du contrat LEX (life extension sawari 1) de plus d’un milliard d’euros consacré à la modernisation des frégates saoudiennes. Le deuxième plus gros importateur est Singapour, devant le Brésil (satellites de télécommunications) et de l’Ouzbékistan (hélicoptères).

Autre source de fort dynamisme: le domaine satellitaire, qui a vu ses exportations multipliées par quatre par rapport à 2012 et représente aujourd’hui environ 1/8e des prises de commandes, avec un fort potentiel de développement pour les années à venir, estime-t-on au ministère.

Partenariats et crises internationales

«Derrière ces résultats, il y a d’abord la qualité de notre base industrielle et technologique de défense, hissée au plus haut niveau de valeur ajoutée pour maintenir sa compétitivité. Je pense à la valeur de nos savoir-faire technologiques, de nos compétences humaines. Je pense aussi à la régularité de l’investissement, qui alimente l’innovation. Tout cela contribue au succès de nos exportations», a fait valoir mardi le ministre de la Défense.

Une analyse partagée par Eric Trappier, président de Dassault Aviation, qui a souligné pour sa part «la crédibilité» à l’exportation liée au savoir-faire des groupes industriels français et à leur capacité à assurer le suivi de leur production dans la durée.

Dans le détail toutefois, les grands gagnants, côté industriel, sont des poids lourds du secteur: Thales au Moyen-Orient et le missilier MBDA en Arabie saoudite et à Singapour. Chacun a engrangé 1,5 milliard d’euros de commandes, selon le ministère, qui soulignait en janvier que 80 % des commandes décrochées par les industriels sont restées inférieures à 200 millions d’euros.

Autre explication défendue par le ministre: «la révision en profondeur de la politique de soutien aux exportations», menée depuis 2012 et notamment le rôle clé de la Direction générale de l’armement (DGA) et de sa nouvelle fonction «relation internationale» qui assiste aussi bien les armées étrangères que les entreprises françaises de défense.

Enfin, si l’année 2013 est si bonne pour l’armement c’est encore et surtout en raison de la multiplication des crises internationales: les opérations militaires «nombreuses, difficiles» dans lesquelles la France est engagée, notamment en Afrique, «font pleinement partie de cette dynamique» des exportations en démontrant «la puissance et la fiabilité» du matériel issu de l’industrie de défense, a reconnu le ministre. On achète des armes, c’est avant tout pour s’en servir.