La Banque centrale européenne, à Francfort.
La Banque centrale européenne, à Francfort. —

FINANCE

Pourquoi les mesures de la BCE sont une bonne nouvelle pour vous

Même si elles ne suffiront pas à relancer la croissance...

Consommateurs français, réjouissez-vous. Ce jeudi, la Banque centrale européenne (BCE) a décidé d’abaisser à nouveau ses taux directeurs. Elle va également bientôt lancer un programme de rachat de dettes privées et d’obligations bancaires. Et voilà deux très bonnes nouvelles.

Pourquoi? D’abord «parce qu’avec un taux directeur à 0,05%, les banques vont emprunter encore moins cher auprès de la BCE», répond Patrice Gautry, chef économiste de l’Union bancaire privée (UBP), un établissement spécialisé dans la gestion de patrimoine. Mais surtout, «en leur achetant des dettes privées et des obligations, la BCE va donner de l’argent aux banques, ce qui va accroître leur capacité à accorder des prêts aux entreprises et aux particuliers», explique l’économiste Philippe Crevel.

Concrètement, pour les ménages, ce sont surtout les taux d’intérêt des crédits à la consommation qui devraient baisser, ce qui revigorera la demande. Quant aux entreprises, si elles empruntent plus facilement, elles pourront mieux investir et donc se développer, ce qui pourrait, à moyen terme, avoir des conséquences positives sur l’emploi.

Un effet immédiat sur l’euro

Si Mario Draghi, le président de la BCE, n’a pas encore précisé le montant de son futur programme d’achat d’actifs financiers, cette injection de liquidités pourrait dépasser les 500 milliards et même atteindre les 1.000 milliards d’euros, d’après les experts interrogés par 20 Minutes. «En tout cas, la BCE semble prête à donner toutes les liquidités possibles», analyse Patrice Gautry.

Ce programme n’étant pas encore lancé, l’octroi des crédits ne devrait pas tout de suite progresser. Mais les annonces de la BCE ont déjà eu un effet sur la valeur de l’euro, jugée trop forte par plusieurs pays, dont la France. A 19h, l’euro se maintenait sous la barre d'1,30 dollar, du jamais vu depuis le 15 juillet 2013.

Les mesures de la BCE devraient aussi relancer l’inflation, trop faible actuellement. Elle se situe autour de 0,3%, alors qu’elle devrait atteindre les 2%. Evidemment, une faible inflation soutient dans l’immédiat le pouvoir d’achat des consommateurs. Mais une hausse des prix relancerait l’activité des entreprises, et donc l’emploi.

Il manque toujours un plan de relance

«Avec ces décisions, la BCE crée un environnement vraiment favorable. Elle peut prendre des mesures supplémentaires, mais la politique monétaire a globalement atteint aujourd’hui le maximum de son efficacité», estime Patrice Gaudry. Et pourtant, ce n’est toujours pas suffisant pour relancer la croissance. Mario Draghi lui-même l’a reconnu.

Ce qu’il manque désormais? «Une politique de relance menée au niveau européen», répond Philippe Crevel. Draghi l’a d’ailleurs appelé de ses vœux, tout comme la France. Mais l’Allemagne freine encore, toujours focalisée sur le seul levier du redressement des comptes publics. Pourtant, si un plan d’investissements était mis en place, «la zone euro disposerait alors de la politique économique la plus agressive de toutes les zones géographiques», souligne Patrice Gautry.