Compétitivité de la France: «Ce genre de classement est tout simplement ridicule, mais malheureusement à la mode»

INTERVIEW L'économiste Gérard Cornilleau revient sur le classement mondial de la compétitivité, publié ce mercredi par le Forum économique mondial...

Propos recueillis par Céline Boff

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L'entreprise Droulet Industrie, à Roubaix, fabrique des pièces pour robinetterie dans le nucléaire et la pétrochimie.
L'entreprise Droulet Industrie, à Roubaix, fabrique des pièces pour robinetterie dans le nucléaire et la pétrochimie. — M.Libert/20 Minutes

La France serait donc le 23e pays le plus compétitif au monde. Après avoir cédé pas mal de terrain en la matière, elle serait enfin parvenue à stopper l’hémorragie. C’est ce que révèle, ce mercredi, le classement mondial de la compétitivité, établi par le Forum économique mondial (World Economic Forum, WEF), la fondation qui organise chaque année le Forum de Davos, en Suisse.

Mais que signifient précisément ces résultats? 20 Minutes a posé la question à l’économiste Gérard Cornilleau, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) et à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Quel regard portez-vous sur ce classement mondial de la compétitivité?

Comme le dit le proverbe, je pense que «comparaison n’est pas raison» mais surtout, je crois que ce classement confronte tout avec n’importe quoi. Je ne comprends pas comment un organisme peut comparer les compétitivités de l’Argentine, de l’Espagne et de l’Allemagne, des pays qui sont respectivement spécialisés dans l’agriculture, le tourisme et l’industrie.

Le fait que ce classement soit réalisé chaque année le discrédite d’autant plus. Qu’un pays bouge sur une ligne ne nous permet pas de déterminer si l’évolution est significative ou si elle est liée au hasard. Des changements structurels pourraient peut-être être analysés si les indicateurs étaient évalués tous les dix ans… Bref, ce genre de classement est tout simplement ridicule, mais malheureusement à la mode.

Un résultat peut surprendre en effet: d’après le WEF, la France est passée en un an de la 71e à la 61e place sur le plan de l’efficacité du marché du travail… Comment expliquer une telle progression?

Eh bien justement, elle ne s’explique pas, puisqu’il ne s’est absolument rien passé dans ce domaine. C’est la preuve que ce classement est un non-sens. Nous sommes dans une régression de l’intelligence.

Le Forum économique mondial n’est pas un organisme légitime selon vous?

Ce n’est pas une organisation scientifique, c’est une simple association (qui regroupe les plus grosses entreprises de la planète, ndlr). Les classements de l’OCDE, qui est un organisme sérieux, sont déjà discutables, mais là… Je pense que les médias ne devraient pas se faire le relais de ces non-informations.

Et s’ils mettent souvent en avant les gâchis publics -et il y en a- ils devraient aussi souligner les gâchis privés. Supprimer le WEF, voilà une économie nécessaire! Certes, cet organisme est privé, mais il se finance malgré tout avec l’argent des consommateurs.

D’après le WEF, la Suisse est pays le plus compétitif au monde. Partagez-vous ce constat?

Elle est sans doute très compétitive sur le plan fiscal si nous nous fions au nombre de personnes qui s’y évadent ou y placent leurs capitaux… Mais ce pays l’est sans doute un peu moins depuis qu’il a signé avec les Etats-Unis un accord sur les banques. C’est tout ce que je peux dire sur la compétitivité de ce tout petit Etat.