35 heures: Le débat est relancé après les propos d'Emmanuel Macron

TRAVAIL Mais Matignon a indiqué que gouvernement n'avait «pas l'intention de revenir sur la durée légale du travail à 35 heures»...

Delphine Bancaud

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Le nouveau ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, le 27 août 2014 lors de la passation de pouvoirs, à Bercy
Le nouveau ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, le 27 août 2014 lors de la passation de pouvoirs, à Bercy — Eric Piermont AFP

Les 35 heures sont-elles menacées? Les propos du nouveau ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, dans une interview accordée au Point la veille de sa nomination et publiée jeudi, semblent avoir relancé le débat. Dans celle-ci, il se dit favorable au fait d’autoriser «les entreprises et les branches à déroger» aux 35 heures, en cas d’accords avec les organisations syndicales.

«Nous pourrions autoriser, les entreprises et les branches, dans le cadre d’accords majoritaires, à déroger aux règles de temps de travail et de rémunération. C’est déjà possible pour les entreprises en difficulté. Pourquoi ne pas étendre à toutes les entreprises, à condition qu’il y ait un accord majoritaire avec les salariés?», déclare Emmanuel Macron à l’hebdomadaire.

Selon le nouveau ministre de l’Economie, une telle mesure permettrait de «sortir de ce piège où l’accumulation des droits donnés aux travailleurs se transforme en autant de handicaps pour ceux qui ne travaillent pas».

Les syndicats vent debout

Une position clivante même si les dérogations aux 35 heures existent déjà. Les réactions ne se sont d’ailleurs pas fait attendre. Sans surprise, plusieurs leaders syndicaux sont montés au front. Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, a estimé jeudi sur Europe 1 que déroger aux 35 heures n’était «pas une bonne idée», soulignant que «cette question n'(était) pas à l’ordre du jour». L’Unsa a aussi estimé qu’il était «hors de question» de les remettre en cause, rappelant que des dispositifs légaux existent permettant de «modifier horaires et rémunérations pour les entreprises en difficulté, dans un cadre négocié». Emmanuel Macron rencontrera d’ailleurs «dans les tous prochains jours» les organisations syndicales, ont indiqué jeudi ses services.

A contrario, des ténors de droite se sont engouffrés dans la brèche, à l’instar de l’ancien Premier ministre et coprésident par intérim de l’UMP, François Fillon. Invité de BFMTV et RMC ce jeudi, il a salué la proposition d’Emmanuel Macron: «C’est une excellente idée, ce serait une nouvelle formidable et c’est ce que je propose depuis longtemps». Avant même de faire son mea culpa, en évoquant la période où il était Premier ministre sous Nicolas Sarkozy: «Ça a été une erreur de ne pas s’attaquer aux 35 heures». «La gauche reviendra sur une erreur (…) et je voterai le texte sans hésitation s’il était proposé à l’Assemblée nationale», a-t-il insisté.

Même son de cloche évidemment du côté du président du Medef, Pierre Gattaz, qui a appelé jeudi à une «adaptation» des 35 heures. «Si une entreprise a besoin de travailler 40 heures, il faut le faire», a -t-il sur France Culture, rappelant la nécessité selon lui de «simplifier» un modèle social adopté «après la guerre».

Matignon démine le débat

De son côté, Harlem Désir, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, a tenté d’éteindre l’incendie jeudi sur i > Télé. «Il n’y a pas de projet de remise en cause des 35 heures» de travail par semaine, a-t-il assuré. «Il y a en revanche une volonté de développer la négociation sociale dans les entreprises. La négociation sur la défense de l’emploi, sur l’aménagement du temps de travail, sur les seuils sociaux, mais pas de remettre en cause la durée légale du travail», a-t-il cependant déclaré.

Matignon s’est ensuite empressé de précisé que le gouvernement n’avait «pas l’intention de revenir sur la durée légale du travail à 35 heures» et que la modification «éventuelle» des accords sur le temps de travail relèvait «de discussions entre partenaires sociaux».