Nomination d'Emmanuel Macron: Les syndicats ne voient pas de «provocation»

NOMINATION Le parcours du nouveau ministre de l'Economie divise les organisations syndicales qui attendent surtout ses premiers actes...

Céline Boff
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Le nouveau ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, le 27 août 2014 lors de la passation de pouvoirs, à Bercy
Le nouveau ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, le 27 août 2014 lors de la passation de pouvoirs, à Bercy — Eric Piermont AFP

Chez les frondeurs, la nomination d’Emmanuel Macron, ex-conseiller économique du président Hollande et ancien banquier d’affaires, au poste de ministre de l’Economie et de l’Industrie a été vécue comme une «provocation». Qu’en est-il des syndicats? 20 Minutes leur a posé la question.

Cette nomination est-elle une «provocation»? 

«Non, c’est une clarification», répond Philippe Louis, président de la CFTC. «En choisissant Macron, Hollande et Valls confirment qu’ils ne changeront pas de ligne économique.» Alain Giffard, secrétaire national de la CFE-CGC, n’y voit lui non plus aucune provocation: «Nous attendons de voir comment Macron va prendre la succession, sachant que le volontarisme de son prédécesseur [Arnaud Montebourg] nous convenait, notamment sur les questions industrielles

Eric Aubin, secrétaire confédéral de la CGT, est un peu plus tranché: «Macron ne caractérise pas l’homme de gauche… Il est clair que ce ministre mènera une politique de droite, mais c’est la voix engagée depuis un certain nombre de mois maintenant par Hollande». Pour Jean-Claude Mailly, numéro un de Force ouvrière (FO), cette nomination «n’est sans doute pas une bonne idée» pour l’économie française. Sur France inter, il a notamment rappelé qu’en 2010, Macron disait préférer «la finance à l’industrie».

Qu’attendent les syndicats?

«Macron est à l’origine du pacte de responsabilité et du crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice), deux mesures que nous combattons parce qu’elles visent à accorder de nouvelles aides aux entreprises sans condition, sans évaluation des effets et sans sanction pour celles qui ne jouent pas le jeu. Nous continuerons donc à combattre cette politique néfaste pour le monde salarial et à faire nos propositions», répond Eric Aubin.

A l’inverse, Philippe Louis rappelle que son syndicat «a soutenu le pacte de responsabilité parce que nous pensons qu’il peut créer des emplois. Les allégements de charges commencent à se mettre en place, il est temps de lancer les négociations dans les branches et dans les entreprises».

Alain Giffard souhaite également attirer l’attention du ministre sur le Cice: «Cet outil a créé des effets d’aubaine, notamment dans les banques. Je rappelle que les dividendes versés aux actionnaires ont progressé de 31 % au deuxième trimestre, il y a des choses à regarder. J’espère que Macron a entendu nos réserves, sinon, nous les lui rappellerons».

Quid du patronat? 

Dans une interview accordée aux Echos, Pierre Gattaz, le président du Medef, demande de nouveaux gestes au gouvernement, notamment en matière de fiscalité. «Au vu des dernières décisions, le patronat a toutes les raisons d’espérer!», réagit Eric Aubin. Pour Jean-Claude Mailly, «la nomination de Macron est en conformité avec ce que réclame le Medef». Le syndicaliste se dit «assez inquiet par rapport à la ligne économique qui risque d’être renforcée, de s’accélérer».

«Mais comment la France pourrait-elle financer ces nouvelles exigences des patrons?», interroge Alain Giffard. «Le patronat devrait faire preuve d’un peu de pudeur et commencer par créer des emplois, d’autant plus que dans un certain nombre d’entreprises, la trésorerie est de bon niveau. Si les patrons ne veulent plus prendre de risques, ils n’ont qu’à devenir fonctionnaires.»

Un point de vue partagé par Philippe Louis: «Demander toujours plus est de l’indécence. En choisissant Macron, l’exécutif prend un risque pour démontrer au patronat qu’il est déterminé à garder le cap de sa politique de l’offre. C’est au tour des patrons de prendre le risque de créer des emplois».

Un ministre millionnaire, ex-banquier d’affaires, est-ce un problème? 

«Il est assez surprenant de retrouver dans un gouvernement de gauche des personnes avec un tel parcours», se contente de commenter Eric Aubin. Pour Philippe Louis, ce choix est surtout «rassurant»: «La nomination à Bercy d’un homme qui maîtrise parfaitement le monde de la finance ne me choque pas. Si Macron conduit les intérêts de la France comme il a conduit ceux de la finance, tant mieux.»

«Un banquier d’affaires est une personne qui accompagne les négociations entre entreprises. C’est péjoratif?», interroge Alain Giffard. «Nous n’allons certainement pas reprocher à cet homme d’avoir travaillé cinq ans dans le privé alors que 80 % de nos parlementaires n’ont jamais mis le pied dans une entreprise.»