L'Europe peut-elle en finir avec l'austérité?

CRISE De plus en plus de voix s'élèvent pour défendre une politique de relance en Europe, comme celle du très médiatique chef du gouvernement italien Matteo Renzi...

Céline Boff

— 

La chancelière allemande Angela Merkel à Bruxelles,le 27 juin 2014
La chancelière allemande Angela Merkel à Bruxelles,le 27 juin 2014 — Alain Jocard AFP

La question de la rigueur a fait exploser le gouvernement français. Cette situation peut-elle inciter Bruxelles et Berlin à adoucir leurs exigences en termes d’ajustement budgétaire?

«Sans doute», répond Olivier Passet, économiste chez Xerfi. Si l’influence de la France s’amenuise en Europe du fait de son incapacité à tenir ses engagements financiers, «son pouvoir de nuisance reste intact. Car si la deuxième économie de la zone euro se trouvait confrontée à une crise sociale ou à une crise politique majeure, elle pourrait mettre le feu aux poudres. Berlin et Bruxelles en sont conscients», poursuit l’expert.

Leurs attentes resteront malgré tout fortes. Pour Christian Saint-Etienne, «si François Hollande décide d’accélérer la mise en œuvre de sa politique, qui combine économies dans les dépenses publiques et relance de la compétitivité des entreprises, il peut renforcer sa crédibilité auprès d’Angela Merkel et ses marges de manœuvre vis-à-vis de Matteo Renzi, le chef du gouvernement italien».

>> A lire également: Déficit public: Que se passera-t-il si la France n’atteint pas son objectif?

«Renzi ne remet pas en cause la rigueur»

Ce dernier est présenté comme le nouvel espoir de la gauche européenne, l’homme fort à même de changer l’Europe. Mais pour lui, pas question de toucher à la rigueur. «Il ne remet pas en cause sa nécessité, mais il estime capital de l’accompagner d’une politique de relance». Un diagnostic également partagé par Mario Draghi, le patron de la Banque centrale européenne (BCE), par le Fonds monétaire international (FMI) ou encore par de grands économistes, tels le Prix Nobel Joseph Stiglitz.

Pour relancer l’Europe, «il faudrait que l’Allemagne stimule sa demande intérieure en augmentant ses dépenses publiques, qu’elle encourage la hausse des salaires de ses travailleurs et que l’Europe se dote d’un budget pour mener une politique d’investissements», avance Olivier Passet.

«Seule la création d’un budget commun à la zone euro peut permettre de lancer un véritable programme de relance», renchérit Christian Saint-Etienne. «Cette initiative pourrait être portée par l’Italie et soutenue par la France. Mais il faut la présenter comme une réforme nécessaire à nos institutions européennes et non comme une critique de la politique menée par l’Allemagne.»

Pour cet économiste, «Mattéo Renzi doit faire avancer ce dossier dès à présent sinon, il ne pourra le mener à bien avant la fin de son mandat». Rappelons que l’Italie assure depuis le 1er juillet dernier et pour six mois la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne.

«Ce que fait Hollande depuis six mois n’est pas mal»

Dans tous les cas, cette action ne changera rien à la politique actuellement menée en France. «Le cap sur la compétitivité est un agenda difficile à remettre en cause dans la mesure où la France a un véritable problème dans ce domaine», insiste Olivier Passet. «Devrait-elle dans le même temps mieux soutenir sa demande? Tous les pays sont plus ou moins confrontés à ce problème, mais aucun ne souhaite relancer leur demande intérieure, car cela revient à prendre le risque de perdre en compétitivité… Tous préfèrent donc jouer sur la demande étrangère».

«Si le gouvernement français lançait une politique de la demande, cela profiterait aux entreprises allemandes ou sud-coréennes… Car la France a avant tout un problème d’offre: elle ne produit pas suffisamment sur son territoire», affirme Christian Saint-Etienne. D’après lui, «ce que fait Hollande depuis six mois n’est pas mal, mais il faut continuer et amplifier le mouvement».