Montebourg et Hamon: De quelle alternative économique rêvent-ils?

ECONOMIE Leurs idées se rapprochent de celles des députés frondeurs du PS...

Céline Boff

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Benoît Hamon et Arnaud Montebourg le 24 août 2014 à Frangy-en-Bresse
Benoît Hamon et Arnaud Montebourg le 24 août 2014 à Frangy-en-Bresse — Jeff Pachoud AFP

Il n’y aura donc pas de changement de cap. François Hollande et Manuel Valls l’avaient réaffirmé à plusieurs reprises. Ils viennent de prouver leur détermination en décidant de remanier le gouvernement afin d’en débarquer Arnaud Montebourg et probablement Benoît Hamon, qui avaient critiqué ce week-end la ligne économique choisie.

Mais que réclamaient exactement Montebourg et Hamon? Avant tout, un ralentissement dans le rythme d’ajustement budgétaire, exigé par Bruxelles et promis par Paris. Une position défendue de longue date par Montebourg. Il affirmait notamment en avril 2013 dans Le Monde: «Le sérieux budgétaire, s’il tue la croissance, n’est plus sérieux. Il est absurde et dangereux».

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Privilégier une politique de la demande

Samedi, dans une nouvelle interview accordée au Monde, Montebourg a de nouveau taclé la rigueur et surtout la politique menée par Berlin: «Il faut hausser le ton. L’Allemagne est prise au piège de la politique austéritaire qu’elle a imposée à toute l’Europe». Le lendemain, Benoît Hamon surenchérissait dans Le Parisien/Aujourd’hui en France: «Angela Merkel ne peut plus être celle qui donne le la de l’orientation européenne. L’Allemagne sert ses intérêts personnels, pas ceux de l’Europe».

Ces idées s’appuient sur les travaux menés par certains économistes, dont le célèbre Prix Nobel Joseph Stiglitz. Il combat depuis plusieurs années la politique de rigueur menée en Europe, qu’il vient encore de qualifier «d’échec lamentable». D’après lui, l’orthodoxie budgétaire est directement responsable de la croissance nulle en France ou de la «triple récession» en Italie.

Pour sortir l’Europe de l’impasse, cet économiste milite pour une relance par la demande… Soit exactement ce que réclament Montebourg et Hamon. «On ne peut rien vendre aux Français s’ils n’ont pas des revenus suffisants», a notamment déclaré Benoît Hamon dimanche.

Pour aider les ménages, Arnaud Montebourg devait d’ailleurs présenter dans les jours qui viennent son fameux projet de loi sur la croissance et le pouvoir d’achat. Il en avait esquissé les grandes lignes cet été, expliquant que ce projet comprendrait une trentaine de mesures, comme l’ouverture des professions réglementées, avec pour seul but de «restituer six milliards d’euros aux Français».

Accroître l’aide aux ménages, réduire celle aux entreprises

Comme l’a reconnu Benoît Hamon ce week-end, ces idées sont très proches de celles présentées par les députés frondeurs du PS.

«Aujourd’hui, la plupart des économistes estiment que la stagnation de notre économie provient davantage d’une insuffisance de la demande que de problèmes liés à l’offre: le rapport est de 80 %-20 % par exemple pour l’OFCE, qui se fonde sur les déclarations des chefs d’entreprises eux-mêmes», écrivaient-ils en juin dernier. «Or les lois de finances à venir sont tournées à 90 % vers l’offre avec 41 milliards de baisses d’impôts pour les entreprises» contre cinq milliards pour les ménages.

Ces frondeurs proposaient donc dans leur «Appel des 100» de «rallumer la consommation» en portant le soutien au pouvoir d’achat des ménages de 5 à 16,5 milliards. Ils émettaient l’idée de créer des taux réduits de CSG pour les classes moyennes et les classes populaires ou encore de supprimer les gels prévus des allocations familiales, logement, invalidité, accidents du travail. Ils recommandaient aussi, pour lutter contre le chômage, de créer 150.000 emplois aidés et 150.000 contrats en alternance pour un coût supplémentaire de 2 milliards d’euros.

Pour financer ce soutien plus fort aux ménages, ils suggéraient de limiter l’aide accordée aux entreprises, la faisant passer de 41 milliards à 22,5 milliards, en ciblant ses bénéficiaires. D’après eux, les réductions d’impôts devaient être réservées aux «entreprises manufacturières qui investissent dans la recherche, la modernisation des équipements, la formation des hommes et aident les entrepreneurs qui ont des projets plutôt que ceux qui ont des humeurs».