Immobilier: Pourquoi la France a besoin de relancer le bâtiment

ECONOMIE Pas assez de logements, des prix trop élevés, le secteur du logement en France est en berne…

Audrey Chauvet
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Le secteur des services enregistre lui une légère baisse de 0,9%, tandis que le BTP, en recul de 10,6%, reste le plus touché
Le secteur des services enregistre lui une légère baisse de 0,9%, tandis que le BTP, en recul de 10,6%, reste le plus touché — Philippe Huguen AFP

Il faudrait un plan de relance en béton pour faire repartir le secteur du logement. Après un recul de 1,2% l’an dernier, la construction en France devrait baisser, en valeur, de 3,1% en 2014. Malgré les premières mesures mises en œuvre par le gouvernement, les mises en chantier ont reculé de 10,7% entre juin 2013 et juin 2014 et les permis de construire sont en baisse de 20,2%. On est très loin des 500.000 logements neufs par an voulus par le gouvernement et cela coûtera à la France 0,4 point de PIB cette année, selon l’Insee.

Manque-t-on  réellement de logements en France?

Alors que François Hollande a évoqué ce mercredi un nouveau plan de relance, la situation du logement en France reste tendue. La France métropolitaine compte 33,5 millions de logements au 1er janvier 2013. L’augmentation constante du nombre de gens vivant seuls et l’accroissement naturel de la population génèrent un besoin annuel d’environ 450.000 nouveaux logements, estiment les experts. Mais en 2013, seulement 330.000 logements ont été construits et la France ne dépasse plus la barre des 350.000 logements neufs par an depuis une vingtaine d’années.

«On manque de logements, mais pas de tous types et pas partout en France, nuance Jean-François Buet, président de la Fédération nationale de l'immobilier (FNAIM). Dans les bassins d’emploi, comme l’Ile-de-France ou le bassin de Nice, il y a une forte tension. Mais pas dans les zones rurales ou les villes de taille moyenne.» Ce sont d’ailleurs dans ces zones dépeuplées que se trouvent la majorité des logements vacants, estime Jean-François Buet: «Ils sont vides car ils sont dans des zones rurales, éloignés des agglomérations, ou bien parce qu’ils sont en travaux, dans une copropriété en déshérence, en mauvais état…» Débloquer le gisement des quelque 2,4 millions de logements vides en France ne répondrait donc pas au besoin de la population, assure le président de la FNAIM.

Des prix en hausse dans le neuf, en baisse dans l’ancien

Dans ce contexte, le prix des logements neufs ont augmenté de 1% entre le premier trimestre 2013 et le premier trimestre 2014. «Le prix du neuf dépend du coût de construction et du prix du terrain, explique Jean-François Buet. Si le terrain est rare, si la TVA augmente, si les coûts de main d’œuvre sont en hausse, le prix du neuf s’accroît.» Il est alors plus difficile pour les Français, dont le pouvoir d’achat est en berne, d’acquérir un logement: d’après l’étude «Property Index» publiée par le cabinet Deloitte en juin, il faut 7,9 salaires annuels bruts moyens pour acheter un appartement neuf de 70m² en France, contre seulement 2,1 ans au Danemark où les prix sont pourtant parmi les plus élevés d’Europe. La conjoncture économique en France a en revanche contribué à faire baisser les prix des logements anciens, qui dépendent directement de l’offre et de la demande: lorsque les Français ne peuvent plus se permettre d’acheter, les prix chutent (-1,7% entre début 2013 et début 2014).

Appel à la simplification

Pour répondre à l’atonie du marché de l’immobilier et à la difficulté des Français à se loger, le gouvernement veut donc mettre les bouchées doubles. La loi Alur, portée par Cécile Duflot, n’a pas convaincu les professionnels, qui évoquent un «effet psychologique négatif» sur les propriétaires avec les différentes mesures de protection des locataires qu’elle prévoyait. François Hollande a donc opté pour un plan de relance qui «touchera à la fiscalité, aux procédures et aux financements»: alléger la fiscalité sur l’achat de logements destinés à être loués, inverser le montant des plus-values sur la vente des terrains pour favoriser leur libération plus rapidement, ou encore des mesures de simplification des normes de la construction pour en réduire les coûts de 10%.

Pour Jean-François Buet, il faut surtout «simplifier»: «Simplifier la réglementation pour éviter l’empilement de normes qui renchérissent le coût de la construction, simplifier la fiscalité sur les terrains à bâtir et sur les plus-values, accorder des avantages aux bailleurs qui louent à des loyers modestes.»