Risques de déflation: Les Français doivent-il s’inquiéter?

PRIX L’ombre de l’inflation négative pèse sur l’Europe et sur la France…

Bertrand de Volontat

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Le nouveau ralentissement de l'inflation en zone euro, en ravivant les craintes de déflation, pourrait appeler une baisse de taux de la Banque centrale européenne (BCE) jeudi, même si les analystes restent partagés sur cette éventualité.
Le nouveau ralentissement de l'inflation en zone euro, en ravivant les craintes de déflation, pourrait appeler une baisse de taux de la Banque centrale européenne (BCE) jeudi, même si les analystes restent partagés sur cette éventualité. — Odd Andersen AFP

Déflation, es-tu là? Alors que le premier ministre Manuel Valls indiquait en début de mois que «le risque de déflation est réel», l’Insee a annoncé mercredi que les prix ont baissé de 0,3 % en France en juillet.

Si ce recul des prix d’un mois sur l’autre ne suffit pas à plonger la France dans la déflation, il renforce toutefois une tendance jugée préoccupante à l’échelle du Vieux continent, que les diverses initiatives de la Banque centrale européenne ne parviennent jusqu’ici pas à endiguer.

20 Minutes fait le point sur la notion de déflation dans le contexte actuel.

>> Inflation, désinflation, déflation, quelles sont les différences?

La déflation, c’est quoi?

Pour parler de déflation, il ne suffit pas de constater une baisse de prix d’un mois sur l’autre, qui devrait être une baisse bien plus durable et généralisée des prix entraînant une paralysie graduelle de l’économie. On peut par exemple dire de l’Espagne qu’elle vient d’entrer en déflation, puisqu’elle a annoncé jeudi qu’en juillet, les prix à la consommation avaient baissé de 0,4 % par rapport à juillet 2013. En France donc «nous n’y sommes pas encore d’un point de vue technique, explique Eric Heyer, économiste à l’OFCE. Sur un glissement d’un an, la hausse des prix est de 0,5 %. Mais nous y allons tout droit si nous ne changeons pas cap. La Banque centrale européenne devrait se lancer dans une politique monétaire expansionniste de rachats de titre, d’injections de liquidité et de dévaluation de monnaie».

Pourquoi la déflation s’installe-t-elle?

Si les agents économiques commencent à annoncer que les prix vont continuer à baisser, les consommateurs suspendent leurs achats, dans l’espoir de faire de toujours meilleures affaires. Les entreprises baissent leur production pour s’adapter, ce qui peut les conduire à licencier et à baisser les salaires. Cela freine encore davantage la demande, et fait baisser encore plus les prix. Le problème reste que la déflation se propage aussi via la dette. En effet, si les prix et les revenus baissent, les créances contractées par les ménages, les Etats et les entreprises, elles, n’évoluent pas. Leur remboursement devient plus difficile, ce qui conduit par exemple les ménages à consommer encore moins pour pouvoir honorer leurs échéances, ou les entreprises, dans le pire des cas, à déposer le bilan. C’est donc un véritable cercle vicieux qui peut s’enclencher et dont il est difficile de sortir.

La situation actuelle est-elle grave?

La croissance basse pèse certes sur les prix et les revenus. Mais pour Eric Heyer le problème est ailleurs. «En Europe, on a demandé et on demande à tout le monde de faire de l’austérité, cassant ainsi la demande intérieure». Les Français ne sont d’ailleurs pas les plus mal lotis, Sept pays de l’Union monétaire ayant une inflation inférieure à celle de la France. «Or, poursuit-il, le seul moyen d’avoir de la croissance économique, c’est de faire des gains de compétitivité. Mais sans dévaluation de l’euro prévu, le seul moyen reste de baisser les salaires et les prix. Mais si tout le monde dans l’UE le fait, en situation d’inflation faible, l’inflation devient négative et là on parle déflation européenne». Et d’ajouter. «Nous sommes au bord de la catastrophe. Et quand on est en déflation, on ne peut pas réduire les déficits publics». De quoi engendrer de nouvelles longues de négociations à Bruxelles sur le respect des engagements budgétaire.