«La grande erreur est d’avoir cru que l’austérité n’aurait pas d’impact sur la croissance»

INTERVIEW Eric Heyer, économiste à l’OFCE analyse la faible croissance française, dont le chiffre sera publié ce jeudi…

Bertrand de Volontat

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Eric Heyer, directeur adjoint département Analyse et Prévision de l’OFCE, le 28 avril 2011.
Eric Heyer, directeur adjoint département Analyse et Prévision de l’OFCE, le 28 avril 2011. — IBO/SIPA

L’économie française est au point mort. L’insee publie ce jeudi le chiffre de la croissance au deuxième trimestre 2014. Un chiffre qui devrait par sa faiblesse contrarier une nouvelle fois les efforts du gouvernement de réduire le déficit public. Interrogé par 20 Minutes, Eric Heyer, directeur adjoint au Département analyse et prévision de l’OFCE, explique pourquoi notre croissance est si faible et quels seraient les moyens d’en sortir.

Le chiffre de la croissance française au deuxième trimestre sera-t-il bon?

Nous nous attendons, à l’OFCE, à une croissance trimestrielle aux alentours de 0,2%. Si notre prévision est définitive, il faut toutefois se rappeler que le chiffre de l’Insee de demain sera provisoire et pourra être revu pendant deux ans et demi. Le chiffre du 4e trimestre de 2013 était de 0,34 avant d’être revu à 0,17% C’est conséquent. Ensuite 0,2% n’est pas un très mauvais chiffre en soi. C’est en dessous du potentiel du pays mais ce n’est pas catastrophique. Toutefois avec 0,2%, il n’y a pas assez de croissance pour que l’économie crée des emplois. C’est une croissance insuffisante pour stabiliser le chômage. 0,2% de richesse supplémentaire en France portée à 0,5% sur l’année avec une population qui augmente aussi de 0,5% par an, c’est la stagnation. De surcroît nous sommes plus productifs (savoir faire, technologies) donc nous avons besoin de moins de personnes, et nous détruisons donc des emplois.

Pourquoi la France n’arrive-t-elle pas à repartir de l’avant?

Il y a un an on voyait 1% de croissance annuelle en 2014, or nous n’y sommes toujours pas. En 2010 et 2011, la France faisait 2% de croissance juste après la crise, en période de rebond, mais avec les mêmes structures qu’aujourd’hui. La croissance s’est effondrée en raison des politiques d’austérité surdimensionnées en 2011, accrues en 2012 et 2013. En augmentant les impôts et en baissant la dépense publique, l’effet est immédiat. C’est la grande erreur économique d’avoir cru que l’austérité n’aurait pas d’impact sur la croissance.

Y aura-t-il un impact sur les finances publiques et le pouvoir d’achat des Français?

Le gouvernement tablait sur 1% de croissance en début d'année, mais selon nous elle ne dépassera pas 0,5%, faisant mécaniquement augmenter le déficit de 0,2%. Deuxième effet: le gouvernement avait prévu 1,2 % d’inflation contre 0,6 % finalement. Cela ajoute à nouveau 0,3% de déficit. Au final, le déficit sera  donc supérieur d'un demi-point à l'objectif soit un trou de 10 milliards d’euros. Quant au pouvoir d’achat des Français, avec des salaires qui ne progressent pas et un chômage en hausse, il sera aussi impacté. Selon moi, il est nécessaire de baisser des impôts et de dévaluer l’euro pour relancer la machine économique.