Inflation, déflation: De quoi parle-t-on au juste?

ECONOMIE Retour sur ces notions d'économie après les chiffres publiés par l'Insee jeudi...

20 Minutes avec AFP

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Des centimes d'euros sur un échiquier pour illustrer l'inflation en Allemagne
Des centimes d'euros sur un échiquier pour illustrer l'inflation en Allemagne — Johannes Eisele AFP

L’Insee a publié jeudi des chiffres montrant une France aux prises avec une très faible inflation, et le gouvernement la dit désormais menacée de déflation. De quoi parle-t-on au juste?

Inflation

Par «inflation», les économistes désignent l’évolution des prix sur un an, qui peut être différente de leur variation à court terme.

En juillet, l’indice des prix à la consommation en France, calculé à partir d’un «panier» de biens et services courants, a reculé de 0,3 % par rapport à juin. La vie est donc devenue moins chère, en grande partie grâce aux soldes, synonymes de baisses des prix des vêtements et chaussures, mais aussi pour des raisons strictement saisonnières: la production en plus grande quantité de fruits et légumes frais.

Mais par rapport à juillet 2013, les prix ont augmenté, de 0,5 % (et de 0,4 % hors tabac): il s’agit là du taux d’inflation de la France, c’est-à-dire de l’évolution des prix en «glissement» annuel (juillet 2014 rapporté à juillet 2013)

Ainsi, là où les prix augmentent, stagnent ou baissent, l’inflation, elle, accélère, marque le pas, ou ralentit. En France, depuis quelques mois, elle tend à ralentir, puisque la progression des prix en glissement annuel est passée de 0,7 % en avril et mai, à 0,5 % en juin et juillet.

Désinflation

La «désinflation» désigne un ralentissement marqué de l’inflation. Les prix baissent pendant plusieurs mois, ce qui fait également descendre le taux d’inflation annuel, sans que celui-ci ne devienne négatif.

La zone euro et la France ont ainsi connu une période de désinflation au moment de la crise financière de 2008, le taux annuel d’inflation passant de 4 % en juillet 2008 (France et zone euro) à 1,2 % en décembre 2008 en France, et 1,6 % en zone euro.

Déflation

Pour parler de déflation, il ne suffit pas de constater une baisse de prix d’un mois sur l’autre, il faut que le taux d’inflation annuel passe franchement, et pour longtemps, en territoire négatif.

On peut par exemple dire de l’Espagne qu’elle vient d’entrer en déflation, puisqu’elle a annoncé jeudi qu’en juillet, les prix à la consommation avaient baissé de 0,4 % par rapport à juillet 2013.

Avant, cela, en juin, elle était déjà passée par une inflation zéro, puisque les prix étaient restés inchangés par rapport à juin 2013. Pour que la déflation se confirme, il faudrait que le taux reste négatif plusieurs mois de suite, c’est-à-dire que les prix en Espagne en août 2014 soient inférieurs à ceux d’août 2013, puis que ceux de septembre s’inscrivent en baisse par rapport à septembre 2013, etc.

Pour les économistes, comme pour la Banque centrale européenne, la déflation n’est réellement installée que lorsqu’elle apparaît dans les anticipations, c’est-à-dire quand les agents économiques commencent à tenir pour acquis que les prix vont continuer à baisser.

Dans ce cas, les consommateurs suspendent leurs achats, dans l’espoir de faire de toujours meilleures affaires. Les entreprises baissent leur production pour s’adapter, ce qui peut les conduire à licencier et à baisser les salaires. Cela freine encore davantage la demande, et fait baisser encore plus les prix.

Cercle vicieux

La déflation se propage aussi via la dette. En effet, si les prix et les revenus baissent, les créances contractées par les ménages, les Etats et les entreprises, elles, n’évoluent pas. Leur remboursement devient plus difficile, ce qui conduit par exemple les ménages à consommer encore moins pour pouvoir honorer leurs échéances, ou les entreprises, dans le pire des cas, à déposer le bilan.

C’est donc un véritable cercle vicieux qui peut s’enclencher et dont il est difficile de sortir, comme le montre l’exemple du Japon, aux prises avec la déflation depuis deux décennies.