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COMMERCEEmbargo russe sur les produits alimentaires européens: Quel impact pour la France?

Embargo russe sur les produits alimentaires européens: Quel impact pour la France?

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La Russie a décidé l'«interdiction totale» de la plupart des produits alimentaires d’Europe et des Etats-Unis en réponse aux sanctions économiques occidentales…
Des fruits et légumes sur un marché de Moscou, en 2011.
Des fruits et légumes sur un marché de Moscou, en 2011. - Misha Japaridze/AP/SIPA
Audrey Chauvet

Audrey Chauvet

Boeuf, porc, volaille, poisson, fromage, lait, légumes et fruits européens ne passeront plus la frontière russe: ce jeudi matin, la Russie a décidé l'«interdiction totale» de la plupart des produits alimentaires d’Europe et des Etats-Unis en réponse aux sanctions économiques adoptées à son encontre pour son soutien aux séparatistes ukrainiens.

Pour les producteurs de fruits et légumes français, déjà malmenés par la concurrence espagnole particulièrement rude cet été, c’est le coup de grâce: «La fermeture de la Russie représente des enjeux économiques énormes qui sont à moyen terme très dangereux pour toute l’Union européenne», s’inquiète Daniel Soares, responsable marketing international d’Interfel, l’interprofession des fruits et légumes frais.

Entre 50.000 et 100.000 tonnes de fruits et légumes

Premier importateur mondial de fruits frais depuis trois ans, la Russie s’approvisionne en premier lieu auprès des vergers et potagers européens. «La France exporte à peu près 50.000 tonnes de fruits et légumes frais en direct vers la Russie, chiffre Daniel Soares. Mais si l’on compte également ceux qui transitent par le Benelux ou les pays baltes, on monte jusqu’à 100.000 tonnes exportées.» Parmi ces exportations, les pommes se taillent la part du lion avec 54 % des fruits et légumes destinés au marché russe, suivis de la pomme de terre (20 %), des tomates et concombres (8 %), des poires (6 %) et des choux-fleurs (6 %).

Toutes ces cagettes additionnées représentent un enjeu financier conséquent: les exportations agro-alimentaires vers la Russie représentaient 12% du total des exportations françaises vers la Russie en 2013, d’après les derniers chiffres d’Ubifrance, soit un peu plus d'un milliard d’euros selon les douanes françaises. Les exportations de légumes et de fruits français s'élevaient à plus de 48 millions d'euros l'an dernier.

La crise de la pomme fait boule de neige

Pour certaines entreprises françaises, la fermeture de la frontière russe pourrait être une vraie catastrophe: Eric Guasch, qui produit des pommes dans la région d’Avignon (Vaucluse), réalise jusqu’à 80 % de son chiffre d’affaires avec la Russie. Président de la fédération professionnelle France-Russie pour l’agroalimentaire, il estime que les 1.500 producteurs qui la composent sont en danger. «Un tel embargo conjugué à la fragilité financière de ces entreprises pourrait les mener vers l’arrêt de leur activité», alerte Eric Guasch, inquiet pour sa propre entreprise qui emploie sept salariés.

Sans compter que la crise des exportateurs pourrait faire boule de neige: «On risque d’avoir de gros problèmes à la rentrée, redoute Daniel Soares. Les Espagnols exportent beaucoup vers la Russie, donc s’ils ne peuvent plus le faire, leurs pêches et leurs nectarines vont se retrouver ailleurs, sur des marchés déjà saturés. Les pommes qui arriveront à la rentrée vont avoir le même problème et s’il y a trop d’offre, les prix vont baisser.» C’est peut-être une bonne nouvelle pour les consommateurs européens, mais une très mauvaise pour des producteurs de fruits et légumes déjà en difficulté.

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