Iliad: Pourquoi Xavier Niel tient-il tant à se lancer à l’assaut du marché américain?

TELEPHONIE Le titre d'Iliad, la maison-mère de Free, chute de 6% ce mercredi...

M.B.

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Xavier Niel, fondateur de Free (Iliad), lors d'une conférence de presse le 10 mars 2014 au siège du groupe à Paris
Xavier Niel, fondateur de Free (Iliad), lors d'une conférence de presse le 10 mars 2014 au siège du groupe à Paris — Eric Piermont AFP

Surprise. Alors que de nombreux observateurs tablaient mardi soir sur un rejet par T-Mobile US de l’offre de rachat présenté la semaine dernière par Iliad, la société de Xavier Niel, l’éternel trublion des télécoms en France a finalement des raisons d’espérer mettre la main sur l’opérateur de téléphonie mobile américain.

En effet, Sprint, le numéro trois du marché outre-atlantique et qui cherchait depuis des mois à avaler T-Mobile US, le numéro quatre, aurait décidé de jeter l’éponge selon le Wall Street Journal et le Financial Times. Raison avancée: il serait trop difficile de convaincre les régulateurs américains qui s’inquiéteraient de voir la concurrence sur le marché ramener à 3 principaux acteurs, après les deux poids-lourds AT & T (116,6 millions d’utilisateurs) et Verizon (104,6 millions).

Niel devra rallonger son offre

Iliad n’a pas ce problème. Contrairement à Sprint, la société-mère de Free mobile n’est pas présente aux Etats-Unis. Elle a donc une carte à jouer dans ce dossier. Mais pour réussir son coup, elle devra certainement mettre plus d’argent sur la table. Sa première offre de 15 milliards de dollars (11,2 milliards d’euros), est trop basse pour T-Mobile US dixit le Wall Street Journal. Deutsche Telekom estime, selon le Financial Times, que l’offre d’Iliad qui revient à 33 dollars par action T-Mobile US est de 7 dollars par action inférieure à la proposition officieuse mise sur la table par Sprint.

Selon la presse économique, Xavier Niel cherche des partenaires financiers pour relever son offre. Car Iliad, dont le bénéfice net a atteint 265,4 millions d’euros en 2013 pour 3,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires, reste un Petit Poucet par rapport au géant américain qui a affiché au deuxième trimestre 391 millions de dollars (293 millions d’euros) de profits pour 7,2 milliards de dollars (5,4 milliards d’euros) de revenus.

Gare à l’endettement

Mais pour Xavier Niel, le jeu semble en valoir la chandelle. Après avoir bousculé le marché de l’Internet puis de la téléphonie mobile en France, il estime que le marché mobile américain est «à la fois vaste et particulièrement attractif». T-Mobile US qui compte 53,3 millions d’utilisateurs mène une politique de prix très agressive en multipliant les rabais. Un positionnement en rupture qui rappelle la stratégie du groupe français.

A cela s’ajoutent «les synergies entre les deux groupes évaluées à 10 milliards de dollars (7,5 milliards d’euros) essentiellement grâce à une forte hausse du nombre d’abonnés (9 millions l’Iliad et 50 millions T-mobile) offrant un pouvoir de négociation important vis-à-vis des équipementiers télécom», soulignent les analystes d’Aurel BGC. Avant de tempérer: cette opération «peut faire craindre un endettement structurel», par ailleurs il y a également un «risque d’exécution», car Iliad va devoir «recommencer tout le travail aux États-Unis avec une culture complètement différente».

In fine, les analystes craignent que le quatrième opérateur français n’ait les yeux plus gros que le ventre en s’aventurant en terre inconnue. A la bourse de Paris, le titre d’Iliad perd plus de 6 % ce mercredi à 177 euros. En cinq séances, l’action a fondu de 15 %.