Banco Espirito Santo: Quel est le plan de sauvetage?

BANQUE En vertu des nouvelles règles européennes, les actionnaires et créanciers non prioritaires de Banco Espirito Santo sont mis à contribution dans ce sauvetage…

R.L. avec AFP

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Le quartier général de la banque portugaise Banco Esperito Santo à Lisbonne, le 3 août 2014
Le quartier général de la banque portugaise Banco Esperito Santo à Lisbonne, le 3 août 2014 — Patricia de Melo Moreira AFP

La Commission européenne a donné son feu vert dans la nuit de dimanche à lundi au renflouement par l'Etat portugais de la banque en difficulté Espirito Santo (BES), jugeant ce sauvetage conforme aux règles européennes. La solution trouvée «contribuera à rétablir la confiance dans la stabilité du système financier» du Portugal, a estimé la Commission européenne.

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En effet, mise à mal par les déboires financiers de la famille Espirito Santo, la banque portugaise était depuis un certain temps prise dans un étau. Après avoir essuyé une perte semestrielle record de 3,57 milliards d'euros, «Banco Espirito Santo présentait un risque de cessation de paiements qui aurait mis en danger le système financier national», déclarait le gouverneur de la Banque du Portugal Carlos Costa. Le gouvernement cherchait donc à éviter que l'affaire ne contamine l'ensemble du secteur financier du Portugal, voire de l'Europe.

«Rien ne change pour les clients»

L'Etat portugais injectera 4,4 milliards d'euros dans Banco Espirito Santo, puisés dans l'enveloppe de 12 milliards d'euros réservée aux banques dans le cadre du plan de sauvetage du Portugal négocié avec la troïka (UE-FMI-BCE), dont il restait 6,4 milliards d'euros.

Les autorités portugaises ont également décidé de scinder la banque en deux entités, afin de permettre de séparer les actifs toxiques des produits sans risque. L'ensemble des actifs sains seront regroupés au sein d'une nouvelle banque, baptisée Novo Banco, qui sera contrôlée par le Fonds de résolution des banques portugaises, créé en 2012 à la demande de la troïka afin de pouvoir faire face à des crises bancaires.

«Rien ne change pour les clients. Ils pourront réaliser toutes les opérations habituelles sans perturbation. BES deviendra dès lundi Novo Banco, même si les agences garderont dans un premier temps les anciens logos», a fait valoir Carlos Costa.

Des actionnaires et créanciers mis à contribution

En revanche, la seconde entité, la structure de défaisance («bad bank»), restera elle, entre les mains des actuels actionnaires, qui risquent d'être lourdement pénalisés car ils seront amenés à en assumer les pertes, a prévenu le ministère des Finances.

«Les mesures notifiées par les autorités portugaises vont permettre la résolution ordonnée de la structure de défaisance et fournir à la nouvelle banque les moyens nécessaires pour maximiser la valeur des actifs mis en vente» pour rembourser le prêt de l'Etat portugais, souligne l'exécutif européen dans un communiqué.

En effet, le Portugal applique les nouvelles règles européennes concernant les aides publiques au secteur bancaire, révisées en aout 2013, après des années de crise où de nombreux Etats de la zone euro ont dû renflouer massivement leurs banques en difficulté. En vertu de ces règles, les actionnaires et créanciers non prioritaires sont mis à contribution dans le sauvetage et doivent mettre la main à la poche avant qu'une banque ne puisse solliciter une aide de l'Etat.

D'où la panique des actionnaires de BES, qui ont massivement vendu le titre en Bourse, le précipitant à des plus bas historiques.