Free veut racheter T-Mobile: «Sur l'innovation, les deux opérateurs sont assez comparables»

ECONOMIE Iliad a proposé 15 milliards de dollars pour racheter 56,6 % du capital de T-Mobile US, le quatrième opérateur américain…

Romain Lescurieux

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Le patron d'Iliad Xavier Niel à Paris le 10 mars 2014
Le patron d'Iliad Xavier Niel à Paris le 10 mars 2014 — Eric Piermont AFP

Xavier Niel voit toujours plus grand et part, cette fois, à la conquête de l’Ouest. Jeudi, la maison mère de Free, Iliad, a confirmé avoir fait une offre à l’opérateur américain T-Mobile. Le groupe a en effet proposé 15 milliards de dollars en numéraire pour 56,6 % de T-Mobile US, à 33 dollars par action, ce qui lui permettrait d’en prendre le contrôle. Un coup de poker audacieux, alors que T-Mobile est toujours en pourparlers, pour fusionner avec un autre opérateur américain: Sprint. Si T-Mobile -valorisé à 25 milliards de dollars- a confirmé avoir reçu l’offre de l’entreprise française -valorisée à 16 milliards de dollars- l’opérateur l’aurait toutefois rejetée dans sa forme actuelle, selon une source du New York Times.

Didier Pouillot, consultant à Idate, un think tank axé sur les télécommunications, revient sur l’offre de Xavier Niel…

>> T-Mobile aurait refusé l’offre de Niel pour Free. Lire l’article

Quelle est la stratégie de Xavier Niel derrière cette offre de rachat?

Il est très difficile de voir plus loin que les récentes annonces. Néanmoins, Xavier Niel a déjà mené des opérations de ce type à l’étranger [notamment en Israël mais il s’agissait à chaque fois d’une opération à titre personnel]. Il est vrai que du point vue de l’innovation et de l’agressivité face aux opérateurs en place, Free et T-Mobile sont assez comparables. Mais peut-il reproduire sa stratégie de déstabilisation en dehors de l’Hexagone? En fait, je pense que c’est très difficile de répliquer une stratégie qui fonctionne en France aux Etats-Unis du point de vue des usages, de la concurrence et de la taille du marché sur place. A noter également qu’aux Etats-Unis, aucun opérateur n’a un réseau qui couvre l’intégralité du territoire.

Est-ce un problème qu’Iliad soit une plus «petite» entreprise?

T-Mobile est le quatrième opérateur américain et a ouvert les hostilités de la guerre des prix il y a deux ans sans toutefois égratigner -du moins au début- les parts de marché des deux leaders (AT & T et Verizon). Mais en un an, T-Mobile vient de gagner 6 millions de nouveaux clients contre 7,5 millions pour les leaders réunis. T-Mobile prend donc de l’ampleur. Ensuite, des entreprises importantes qui se font racheter par des plus petites, ça s’est déjà produit dans le passé, plus principalement dans le secteur informatique. Globalement, ce n’est pas un frein. En fait, tout dépend si le marché financier américain adhère à la stratégie portée par Iliad.

Justement, quels sont les atouts de Xavier Niel pour s’imposer face à Sprint, notamment?

Son principal avantage est que l’offre de Sprint a peu de chance d’aboutir. Il est difficile d’imaginer que les autorités de la concurrence américaines acceptent un marché des télécommunications qui se résume à trois grands opérateurs (AT & T, T-Mobile et Verizon) car le troisième et le quatrième opérateur fusionneraient donc ensemble. L’opération de Sprint est donc très compliquée au niveau des autorisations des autorités. A voir par la suite, mais cet élément est primordial dans la stratégie de Xavier Niel et peut peser dans la balance.