Guerre des prix dans l'alimentaire: La situation va-t-elle se débloquer à Bercy?

ECONOMIE Agriculteurs, industriels de l’agroalimentaire et distributeurs se réunissent à nouveau ce jeudi au sujet de la guerre des prix…

R.L.

— 

Une femme dans les rayons d'un supermarché à Faches-Thumesnil dans le Nord le 27 juin 2014
Une femme dans les rayons d'un supermarché à Faches-Thumesnil dans le Nord le 27 juin 2014 — Philippe Huguen AFP

Les discussions se suivent et semblent parties pour se ressembler. Après une table ronde à l’Assemblée nationale mercredi, producteurs et distributeurs se retrouvent ce jeudi après-midi à Bercy en présence des ministres Stéphane Le Foll et Arnaud Montebourg.

Cette réunion rassemblera l’Association nationale des industriels de l’alimentaire (Ania), Coop de France, la FNSEA, UFC-Que choisir, la Fédération du commerce et de la distribution. Le but: Parvenir à des relations commerciales plus équitables et apaisées dans un contexte de baisse de pouvoir d’achat.

Si les protagonistes sont d’accord sur le fait que la situation est «critique» et sur l’importance d’un dialogue, tous sont sortis mercredi en campant sur leurs positions. Que faut-il donc attendre de la réunion d’aujourd’hui?

Quelle est la position des uns et des autres?

Les agriculteurs et industriels dénoncent les risques de destruction de valeur et d’emplois dans les filières en cas de poursuite des pressions de la part des enseignes de supermarchés pour revoir les prix toujours à la baisse. Les distributeurs ont, eux, fait valoir le fait qu’on ne pouvait pas imposer des hausses de prix à des consommateurs dont le pouvoir d’achat ne cesse de baisser du fait de la crise.

Qu’attendent les producteurs et industriels de la réunion à Bercy?

Henri Brichart, vice-président de la FNSEA, premier syndicat agricole, espère que le rendez-vous à Bercy débouchera sur une «forme de consensus sur les limites» de cette guerre des prix. De son côté, le président de l’Ania Jean-Philippe Girard a clairement expliqué qu’il demandera au gouvernement «un durcissement des contrôles et des sanctions» à l’encontre de la grande distribution quand celle-ci ne respecte pas les contrats.

Leclerc dans le viseur?

De manière générale, les distributeurs devraient être rappelés à l’ordre par le gouvernement, mentionne Le Figaro. «Il n’est pas normal de revenir de façon unilatérale sur des contrats déjà signés, estime un proche du ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll. Il faut que chacun prenne ses responsabilités. Au risque de fragiliser certaines filières et de remettre en cause l’approvisionnement de certains produits». Mais beaucoup s’attendent à un rappel à l’ordre spécifique pour Michel-Édouard Leclerc, souvent vu comme le responsable de la guerre des prix.

Quelles sont les différentes propositions?

La Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) souhaite une distinction des PME des grands groupes dans les négociations commerciales. «La réalité, c’est que 2/3 entreprises font 80 % du marché» et elles ont de fait un pouvoir de négociation bien plus important que de petites entreprises, explique Jacques Creyssel, le délégué général de la FCD.

Vers une fin des comparateurs de prix?

Début juin, l’Ania, Coop de France et la FNSEA avaient interpellé Manuel Valls dans une lettre ouverte, évoquant 15.000 à 20.000 emplois en jeu. En réponse, la FCD avait proposé la «suppression de la publicité nationale sur les comparateurs de prix». Les agriculteurs souhaitent, eux, aller plus loin. «Il faut réfléchir à l’abolition du comparateur de prix qui aboutit à la destruction de valeur», indique Xavier Beulin, président de la FNSEA. Une proposition à laquelle n’adhère pas l’enseigne indépendante Leclerc. Le sujet devrait toutefois se retrouver sur une table de Bercy cet après-midi.