L'économie corse sérieusement affectée par la grève de la SNCM

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Le siège de la SNCM saccagé à Bastia en Corse le 9 juillet 2014
Le siège de la SNCM saccagé à Bastia en Corse le 9 juillet 2014 — Philippe Marini AFP

L'économie corse commence à être sérieusement affectée par la grève de la SNCM, au début d'une saison touristique qui s'annonce morose, l'Etat, actionnaire majoritaire,se montrant incapable de résoudre le conflit et de permettre le trafic maritime.

«Suite à des grèves de bateaux, pas de livraison de marchandises», est-il indiqué depuis mercredi sur des panneaux qui ont fait leur apparition dans les rayons de produits frais de certains supermarchés.

Alors que les navires de la Société nationale Corse Méditerranée (SNCM) sont cloués à quai depuis plus de deux semaines, des débuts de pénuries de certaines denrées ont en effet été enregistrés dans l'île où l'essentiel de l'alimentation est importée et où la population triple en été avec les touristes.

Le transport de fret et de passagers est certes bien assuré depuis le début de la grève, le 24 juin, par les autres compagnies, notamment la Corsica Ferries aux navires battant pavillon italien qui ont augmenté leurs rotations.

Mais ces compagnies n'arment généralement pas de cargos mixtes permettant de transporter de gros camions comme la SNCM.

En outre, le port de Marseille étant bloqué par la CGT, tout le trafic a été détourné sur Toulon dont les installations portuaires civiles ne sont pas dimensionnées pour d'importants flux de trafic marchand.

Le Premier ministre Manuel Valls, qui a invité les socio-professionnels insulaires à venir jeudi s'entretenir à Matignon de la crise, a annoncé que le gouvernement allait prendre «toutes les mesures nécessaires» pour débloquer le port de Marseille.

Le navire mixte Kalliste de la Méridionale, seule autre compagnie à naviguer entre la Cité phocéenne et la Corse dans le cadre de la délégation de service public, est notamment bloqué depuis plus d'une semaine par les marins CGT de la SNCM sans que les autorités interviennent.

Selon la présidente de l'Agence du Tourisme de la Corse, Vanina Pieri, «quelque 230.000 touristes ont déjà été perdus par la SNCM».

Déplorant que l'Etat, actionnaire majoritaire de la compagnie, n'ait pas encore réagi et «pris ses responsabilités», Mme Pieri a souligné qu'il est «encore trop tôt pour évaluer le montant des pertes subies», l'augmentation des rotations des autres compagnie et le transport aérien permettant de de limiter les pertes.

Mais, a-t-elle aussi déclaré au journal Corse-Matin, «l'image de la destination (Corse) a pris un coup sur la tête» puisque l'on constate «depuis une semaine que les ventes de dernière minute, tant attendues, ne se font pas».

- L'agriculture frappée de plein fouet -

Pour le président de la Chambre des métiers de Corse-du-Sud, François Gabrielli, «les artisans sont pris à la gorge et la moitié des entreprise de la région d'Ajaccio risquent de devoir fermer d'ici la rentrée».

Son homologue de la Chambre d'agriculture, Jean-Marc Venturi, a indiqué qu'une délégation de socio-professionnels est prête à aller jeudi à Matignon, mais à la condition que M. Valls s'engage par écrit à reconnaître le préjudice subi par les entreprises.

L'agriculture est en effet frappée de plein fouet par ce conflit, les producteurs insulaires ne pouvant plus importer les produits dont ils ont besoin pour leurs exploitations alors que la grève paralyse aussi les exportations.

Un camion de pêches et d'abricots a ainsi été symboliquement déversé mercredi à Bastia devant la préfecture de Haute-Corse lors d'un rassemblement de patrons, commerçants, artisans et agriculteurs pour dénoncer la prise en otages des agriculteurs par cette énième grève de la SNCM.

«Nous avons des clients sur le continent et nous ne pouvons plus envoyer nos camions pour livrer. C'est catastrophique, nous ne pouvons plus payer nos employés», a déploré Julia Simonpaoli, viticultrice, venue manifester à Bastia.

Des cellules de soutien ont été mises en place dans les chambres de commerce, d'industrie et d'agriculture.

Les acteurs économiques victimes de la grève peuvent remplir une déclaration transmise à l'Agence du développement économique de la Corse, en liaison notamment avec les directions locales des Finances publiques, de l'Urssaf et de la Banque de France.