Bitcoin : «La France pourrait être leader européen»

TECHNOLOGIE Pour démocratiser le bitcoin, Thomas France, co-fondateur de la maison du bitcoin, attend une prise de position des acteurs publics…

Propos recueillis par Floriane Dumazert

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Thomas France, co-fondateur de la maison du bitcoin
Thomas France, co-fondateur de la maison du bitcoin — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Le 13 mai dernier, Thomas France a inauguré à Paris la maison du bitcoin, qu’il a co-fondée avec Eric Larchevêque. Depuis, ces passionnés de monnaie virtuelle accueillent quotidiennement des entrepreneurs ou particuliers intéressés par le bitcoin. Quelques heures avant la remise à Michel Sapin d’un rapport sur les monnaies virtuelles, Thomas France explique pour 20 Minutes comment il appréhende l’avenir du bitcoin en France.

La semaine a été chargée pour la sphère du bitcoin, avec le démantèlement d’une plateforme d’échange et les avertissements de l’AMF sur les risques de son utilisation. Ces événements vous inquiètent-ils pour l’évolution du bitcoin?

Non, pas du tout. Ce démantèlement est devenu un scoop parce que la plateforme échangeait des bitcoins, mais le bitcoin n’en est pas responsable. Cette plateforme d’échange n’était pas réglementée et traitait des opérations illégales. Il est normal que cette société mal gérée ait fermé. Cela prouve que le bitcoin n’est pas anonyme et que son utilisateur ne bénéficie d’aucune immunité. Ce démantèlement est plutôt positif: les mauvaises herbes sont coupées.

Les recommandations de l’AMF ne nous ont, quant à elles, pas surprises: l’AMF est dans son rôle en alertant sur la volatilité du bitcoin. Mais nous regrettons qu’elle ne le présente que comme un instrument spéculatif, alors qu’il s’agit d’une technologie de transaction. De son côté, la banque patrimoniale BPE a expliqué que pour permettre aux entreprises de travailler avec le bitcoin, il fallait leur fournir une réglementation. C’est un positionnement fort en faveur du bitcoin.

Le bitcoin peut-il vraiment se faire une place en France?

A long terme, le bitcoin est une réelle opportunité technologique. Nous ne nous attendons pas à ce qu’il remplace l’euro ou le dollar. Mais il pourrait devenir une quasi-monnaie largement utilisée pour échanger, payer ses achats sur Internet et commercer à l’étranger. D’ici un ou deux ans, les banques américaines vont commencer à utiliser le bitcoin pour leurs services. Il serait dommage que la France reste à l’écart, d’autant que nous pouvons être leader européen dans ce domaine.

Que manque-t-il au bitcoin pour qu’il se développe dans l’hexagone?

Pour démocratiser le bitcoin, il faudrait commencer par bien le définir. Pour le moment, il ne s’agit ni d’une monnaie, puisqu’elle n’a pas de cours légal, ni d’une devise. Il faut aussi que nous puissions mettre en place une régulation et une gestion sérieuse du bitcoin. Pour ces raisons nous demandons un moratoire autour du bitcoin. Nous avons besoin d’un positionnement rapide de la part des autorités politiques: les entrepreneurs ont horreur du flou.