Qui sont les utilisateurs français des bitcoins?

INTERNET Zoom sur les multiples facettes des «bitcoiners» français et leurs attentes à la veille de la présentation à Bercy d’un rapport sur l’encadrement des monnaies virtuelles…

Floriane Dumazert

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Le bitcoin fait frémir Internet.
Le bitcoin fait frémir Internet. — 20 minutes

Secousses en vue pour la sphère du bitcoin français. Ce vendredi, Michel Sapin, ministre des Finances, reçoit un rapport sur les monnaies virtuelles en France. Rédigé par un groupe de travail présidé par l’organisme Tracfin, chargé de lutter contre les circuits financiers clandestins, il doit préciser l’encadrement des monnaies virtuelles. Une semaine plus tôt, une plateforme illicite d’échange de bitcoins était démantelée, et l’AMF émettait des craintes quant à son utilisation. Une agitation qui, au lieu d’inquiéter les adeptes de cet outil, les a plutôt «rassurés». Paul, jeune utilisateur, y voit la preuve que «les autorités censées nous protéger s’intéressent aux bitcoins» et que «toutes les dérives ne sont pas possibles». «Les mauvaises herbes sont coupées», renchérit Thomas France.

«Autant d’idées autour du bitcoin que d’utilisateurs»

Ingénieur des Ponts et Chaussées ce jeune entrepreneur de 29 ans, a co-fondé la maison du bitcoin, inaugurée le 13 mai à Paris, afin d’offrir une nouvelle visibilité à cette «quasi-monnaie». Il estime aujourd’hui à «une centaine de milliers» les utilisateurs réguliers du bitcoin dans l’Hexagone. «Le jour de l’ouverture 500 personnes étaient présentes, et depuis, entre 20 et 30 personnes viennent se renseigner tous les jours». Des visiteurs venus de tous horizons, car les bitcoiners, comme ils se surnomment, ne forment pas une communauté homogène. «Nous accueillons des entrepreneurs ou des particuliers, des Français comme des étrangers et le public est à peine plus masculin», commente Thomas France. «En juin dernier, nous avons même eu la visite d’un groupe de grands-mères qui avaient entendu parler du bitcoin et voulaient plus d’informations».

Paul est un nouvel adepte du bitcoin qu’il a découvert en 2013, quatre ans après sa création. A 25 ans, il en possède quatre, soit près de 1.800 euros selon le cours actuel, et a converti «à peine 2 % de (sa) richesse». Mais hors de question pour lui d’utiliser cette quasi-monnaie à des fins spéculatives: cet outil lui permet exclusivement d’acheter du matériel informatique sur Internet. «En payant en bitcoins, j’évite les frais de transaction bancaire, les frais de change et les frais Paypal», explique-t-il.

Mais tous n’ont pas le même intérêt à utiliser ce «cash digital». «Il y a autant d’idées autour du bitcoin que d’utilisateurs», résume Paul. «Une de mes connaissances le considère comme un moyen d’arriver à un revenu de base universel.» Pour une autre, il pourrait «aider les pays du tiers-monde en réduisant les coûts de transaction des échanges monétaires en Afrique».

Une demande de clarification juridique

Plus qu’un utilisateur, Paul est aussi «mineur»: il possède des ordinateurs permettant de vérifier les transactions de bitcoins. Cette activité lui permet de «participer aux réseaux des bitcoiners», mais surtout d’acheter des bitcoins sans passer par les plateformes d’échanges. Et le jeune homme entend bien continuer à s’impliquer dans ce domaine.

Ce jeune diplômé d’un master de système d’information travaille au développement d’une entreprise entièrement dédiée aux bitcoins. Mais pour faire prospérer l’outil, ses adeptes attendent une prise de position rapide des autorités et une clarification législative. Ils auront peut-être un début de réponse ce vendredi lors de l’intervention du ministre des Finances.

Un véritable flou juridique

Le bitcoin, comme les autres monnaies virtuelles, n’a pas de statut juridique défini. Dans sa cartographie 2014, l’AMF rappelle qu’il n’est ni une monnaie, car il ne bénéficie pas d’un cours légal, ni un moyen de paiement. Le Code monétaire précise qu'il pourrait le considérer comme un produit bancaire ou une «mesure financière». Légalement, le bitcoin peut donc être refusé comme moyen de paiement. Ainsi, il ne viole pas le monopole d’émission de la monnaie légale, régulée par les banques centrales.