Le gouvernement veut-il vraiment doper l'apprentissage?

FORMATION Il a annoncé le déblocage en urgence de 200 millions d'euros...

Céline Boff

— 

Illustration apprentis
Illustration apprentis — AFP

Ca a été l’une des annonces majeures de la Conférence sociale: le gouvernement va débloquer 200 millions d’euros pour l’apprentissage. La mesure, qui doit être votée la semaine prochaine, suffira-t-elle à relancer ce mode de formation?

Car les chiffres sont alarmants. L’an dernier, les entrées dans les centres de formation d’apprentis (CFA) ont reculé de 8 %. Sur les quatre premiers mois de 2014, la chute est encore plus vertigineuse, à -14 %. «A ce rythme, nous allons perdre 60.000 apprentis en deux ans… L’apprentissage étant la meilleure voie pour entrer dans l’emploi et pour se prémunir du chômage, c’est extrêmement inquiétant», se désole Florence Poivey, en charge de la formation professionnelle au Medef.

Surtout, comment expliquer ce recul massif alors que le gouvernement est censé poursuivre l’objectif inverse? François Hollande a en effet fixé très tôt son ambition d’atteindre 500.000 apprentis en 2017, contre 415.000 en 2013.

«Nous n’avons même plus de ministre dédié!»

Evidemment, il y a la crise. Sans perspectives claires, certaines entreprises ne franchissent plus le pas. Mais la situation s’explique aussi, d’après Robert Dufour, secrétaire national de la Fnadir, l’organisation qui regroupe les directeurs des CFA, «par les mesures très négatives prises par le gouvernement depuis deux ans».

A commencer par la disparition de l’indemnité compensatrice forfaitaire (ICF). Il y a un an, le gouvernement supprimait cette aide de 1.000 euros minimum versée à chaque entreprise recrutant un apprenti, la réservant désormais aux seules PME de moins de 11 salariés.

Si la mesure a permis d’économiser 500 millions d’euros sur les dépenses publiques, «l’impact a été immédiat sur le nombre d’apprentis recrutés par les petites entreprises», assure Jean-Christophe Sciberras, président de l’Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH). Plus tard, «la loi du 5 mars 2014 sur la formation professionnelle a réduit le financement de l’apprentissage de 17 %», renchérit Robert Dufour. «Nous n’avons même plus de ministre dédié! Depuis le gouvernement Valls, ce poste a disparu», se désole-t-il.

Et puis, il y a aussi les effets pervers de certaines autres mesures, comme le développement des emplois d’avenir, qui sont venus concurrencer l’apprentissage, notamment dans le secteur sanitaire et social. «Les jeunes ont préféré choisir ces emplois mieux rémunérés et accessibles sans formation…», regrette Robert Dufour. Florence Poivey est sur la même ligne: «Pour mener le jeune sur le chemin de l’employabilité, il faut lier travail et formation, sinon, on risque d’être dans le seul court terme».

«Le gouvernement a pris la mesure de l’effondrement de l’apprentissage»

Dans ce contexte, le déblocage des 200 millions d’euros est accueilli avec soulagement. «Le gouvernement a pris la mesure de l’effondrement de l’apprentissage», se réjouit Florence Poivey, qui salue également l’organisation d’une grande conférence sur ce thème en septembre. Parce que les freins au développement de l’apprentissage ne sont pas seulement financiers. «Il y a des réformes structurelles à mener. Nous mettre tous autour de la table pour lister les blocages et les moyens de les lever est pertinent», estime Florence Poivey.

Robert Dufour est plus sceptique: «Les obstacles structurels, nous les connaissons déjà très bien! J’espère que le gouvernement ne programme pas cette conférence pour éviter de se prononcer dès à présent…». Certains freins seront difficiles à lever, comme celui de l’orientation, «toujours entre les mains de l’Education nationale, qui ne connaît pas le monde de l’apprentissage», affirme Robert Dufour.

Et qui n’a parfois pas intérêt à s’y ouvrir. Ainsi, au collège, «les responsables d’établissement touchent une prime indexée sur le nombre d’élèves passant de la troisième à la seconde générale. Autrement dit, plus les collégiens sont nombreux à rejoindre un CFA, plus leurs primes baissent…»