Conférence sociale: Des syndicats sur leurs gardes à la veille de l'ouverture du troisième grand rendez-vous social de l'année

CONFERENCE Le dialogue risque d'être tendu...

Céline Boff
— 
Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, à la manifestation CFDT-Unsa du 1er mai à Paris, le 1er mai 2014
Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, à la manifestation CFDT-Unsa du 1er mai à Paris, le 1er mai 2014 — Thomas Samson AFP

Ce lundi débute la troisième conférence sociale. Ce rendez-vous annuel, pendant lequel les partenaires sociaux fixent avec le gouvernement les priorités à venir, va s’ouvrir dans un climat de défiance inédit. Parce que les syndicats n’ont plus confiance. Notamment parce que les derniers mois, le patronat s’est battu, d’abord en coulisses, ensuite au grand jour, pour obtenir la peau de deux réformes: l’instauration d’un temps de travail minimum et la mise en place d’un compte pénibilité.


La première mesure -le temps partiel à 24 heures minimum-, les organisations patronales l’avaient pourtant validée lors des négociations sur l’emploi. Elles avaient accepté cette avancée aux yeux des travailleurs parce qu’en échange, elles obtenaient elles-mêmes des évolutions plus favorables pour la bonne marche de leurs entreprises. Par exemple, elles avaient décroché des facilités en matière de licenciements collectifs.

Quant au compte pénibilité, ce droit nouveau avait été concédé par le gouvernement en contrepartie des efforts demandés aux travailleurs lors de la dernière réforme des retraites. Mais mercredi, le Premier ministre Manuel Valls a cédé à la pression patronale en décidant de reporter de 2015 à 2016 la mise en œuvre d’une partie de ce compte. Sur le temps partiel, il a aussi décidé de compléter la législation, pour davantage sécuriser les entreprises.

«Nous n’accepterons pas de négocier sur de nouveaux sujets»

«Je comprends les interrogations des organisations patronales, mais pas leur façon de faire. En demandant au gouvernement de trancher et en menaçant de boycotter la conférence sociale, elles nous signifient qu’elles ne croient pas au dialogue social», réagit Philippe Louis, président de la CFTC.

«Nous avons appris sa décision par la presse! Cette manière de faire remet en cause le dialogue social tel qu’il a été bâti depuis deux ans», s’agace Hervé Garnier, de la CFDT. Les syndicats sont désormais sur leurs gardes: «Si nous faisons le bilan des négociations menées depuis deux ans, nous constatons que les mesures concernant la flexibilité ont été très vite mises en œuvre, alors que celles donnant davantage de sécurité aux salariés tardent à être instaurées», analyse Philippe Louis.

Et d’assurer: «Notre position est donc claire: nous n’accepterons pas de négocier sur de nouveaux sujets tant que toutes les mesures promises ne seront pas appliquées.»

«Nous nous devons d’être responsables»

Justement, leur attitude ne donne-t-elle pas raison à des organisations plus dures, telle la CGT, qui a toujours refusé de signer des compromis? Va-t-elle pousser les syndicats plus réformistes à se radicaliser? «Non, nous n’allons pas à notre tour menacer de boycotter la conférence sociale ou de rompre le dialogue avec le patronat. Avec cinq millions de chômeurs, nous nous devons d’être responsables. Si nous ne cherchons pas des solutions, qui le fera?», répond Philippe Louis.

«Et puis, la seule alternative serait d’aller dans la rue et notre économie déprimée se passerait bien de nouveaux jours de grève…», ajoute-t-il. Hervé Garnier renchérit: «Mais qu’ont obtenu la CGT et FO en allant manifester? Nous, nous avons décroché de vraies avancées pour les travailleurs, comme la mutuelle pour tous ou les droits rechargeables à l’assurance-chômage.».

Pour Bernard Vivier, directeur de l’Institut supérieur du travail (IST), la qualité de ce dialogue va s’appauvrir dans les mois à venir: «D’abord, parce que Pierre Gattaz (le patron du Medef, ndlr) n’a pas la culture des relations sociales. Ensuite, parce que le gouvernement, dont la priorité est de redresser les comptes de la nation et de relancer l’économie, veut reprendre les choses en main. Cela laisse peu de place aux partenaires sociaux et aux mesures sociales…». En attendant, l’expert l’affirme: «L’an dernier, nous nous étions ennuyés pendant la Conférence sociale, mais cette année, elle va être bien plus sportive!».