Les cadres français de plus en plus immobiles

EMPLOI La mobilité externe des cadres a baissé l’an dernier pour la troisième année consécutive…

Bertrand de Volontat
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Plus de 6 000 recrutements prévus.
Plus de 6 000 recrutements prévus. — Superstock / Sipa

Les cadres n’ont pas bougé en 2013. La mobilité externe des cadres a baissé l’an dernier pour la troisième année consécutive, dans une atmosphère économique toujours aussi morose dans l’Hexagone, relève l’enquête annuelle de l’Apec, l’Association pour l’emploi des cadres, publiée ce mercredi.

«Avec une chute de 10 % du recrutement sur le marché des cadres en 2013, cette baisse de la mobilité n’est pas surprenante, constate Pierre Lamblin, directeur du département études et recherche de l’Apec. Mobilité externe et conjoncture économique (croissance poussive en 2013) vont de pair. «La mobilité externe répond souvent à un manque de perspective et d’évolution en interne, notamment chez les jeunes, poursuit le directeur. Mais le marché actuel limite les solutions.»

Les cadres attendent des opportunités…

Seuls 6 % des cadres ont changé d’entreprise, en baisse de 1 % sur un an. A noter qu’ils sont de moins en moins à l’initiative de leur départ, preuve du manque d’opportunités s’offrant à eux. De plus, les conditions de changement de structures se dégradent, 41 % des cadres mobiles ayant connu une période de chômage intermédiaire, contre 33 % en 2012. «Il y a de plus en plus de demandeurs et moins de recrutement, soulève Pierre Lamblin. Les entreprises ont besoin de renouveler leur capacité de financement et d’investissement et d’être tirées par la croissance pour recommencer à embaucher». A ce jour, seuls 4,1 % des cadres sont au chômage, souligne toutefois le directeur, soit près de 300.000 actifs.

Loin de perdre espoir, 42 % des cadres restés immobiles en 2013, ont prospecté en vue d’une mobilité externe, en passant des entretiens d’embauche ou tout au moins en restant en veille du marché de l’emploi, en déposant des CV à droite et à gauche, notamment chez les moins de 30 ans.

…Les entreprises aussi, mais plus pour longtemps?

Le souhait de mobilité le plus souvent exprimé reste celui d’un changement de poste dans la même entreprise. Si cette mobilité est aussi en baisse d’1 %, près d’un cadre sur cinq ayant changé de poste au sein de son entreprise en 2013, 68 % des interrogés affirment que leur mobilité est impulsée par leur propre volonté, en hausse de 6 % en deux ans. Car dans le même temps, «les recruteurs ne sont pas davantage tournés vers l’interne pour combler le déficit de recrutement à l’externe, note Pierre Lamblin. Les entreprises restent encore attentistes».

L’avenir s’annonce cependant moins terne. «Nous notons une hausse dans les intentions de recrutement en 2014». Deux tiers des cadres interrogés entendent bouger, en externe ou en interne, dans les trois années à venir. 11 % pensent même créer leur propre entreprise en plus de leur mobilité. Parallèlement, et preuve d’un regain de confiance, un quart des cadres pensent à une reconversion professionnelle lors de leur mobilité. «Il ne faut oublier que les Français font partie au niveau européen des champions de la mobilité», se réjouit enfin Pierre Lamblin.