Grève dans le contrôle aérien: Les raisons de la colère

SOCIAL L’Unsa-ICNA réclame une hausse des redevances acquittées par les compagnies aériennes et des garanties d’emploi…

Bertrand de Volontat

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Des premiers retards, mais pas d'annulation de vols, étaient constatés jeudi matin dans les aéroports parisiens en raison d'une grève de plusieurs syndicats de contrôleurs aériens opposés à un projet de réforme européen.
Des premiers retards, mais pas d'annulation de vols, étaient constatés jeudi matin dans les aéroports parisiens en raison d'une grève de plusieurs syndicats de contrôleurs aériens opposés à un projet de réforme européen. — Francois Guillot AFP

Pas de répit pour les voyageurs. Après les cheminots, ce sont les contrôleurs aériens qui sont en grève de mardi à dimanche. Ce mouvement, en période de premiers départs estivaux, coïncide avec le nouveau plan de financement français pour la navigation aérienne, pour 2015-2019.

Toutefois, le premier syndicat de contrôleurs aériens (SNCTA) a levé son préavis de grève ce dimanche. «Les vols seront assurés à 75% en moyenne. L’essentiel des perturbations devrait se concentrer sur les aéroports du Sud et les vols à destination du sud de l’Europe et du Maghreb», a précisé le ministère dans un communiqué. Que reproche le dernier syndicat en grève, l’Unsa-ICNA (Ingénieurs du contrôle aérien), troisième syndicat des aiguilleurs du ciel (22,4 % des voix aux élections professionnelles)?

Des taux de redevances trop faibles

La France doit présenter d’ici le 30 juin à Bruxelles son plan de financement à cinq ans pour la navigation aérienne. Les contrôleurs membres de l’Unsa-ICNA réclament plus de moyens pour l’aviation civile sur la période 2015-2019 et reprochent au gouvernement de ne pas tenir ses engagements devant la Commission européenne.

«L’Unsa reproche à l’Etat l’absence de hausse suffisante du taux des redevances facturées aux compagnies pour service rendu par le personnel», explique la DGAC, interrogée par 20 Minutes.

L’Unsa-ICNA juge les taux de redevance «insuffisants pour que la France rattrape son retard technologique» et demande qu’ils «soient augmentés pour se rapprocher» des voisins européens. Or, tant Bruxelles que les compagnies aériennes poussent à la baisse de ces redevances acquittées par les compagnies. Le projet du gouvernement français propose d’augmenter une redevance et d’en baisser une autre.

Des systèmes obselètes

«Nos outils et systèmes sont obsolètes et ne répondent plus aux enjeux», écrit le syndicat dans un communiqué. Christophe Merlin, secrétaire général de l’Unsa-ICNA, interrogé par 20 Minutes précise que «les systèmes qui gèrent les plans de vol datent de la fin des années 1980.»

Et d’ajouter: «Nous avons une technologie d’une génération de retard par rapport à l’étranger, ce qui a un impact forcément sur la chaine de sécurité1. Le plan de financement prévoit ce virage technologique mais est sous financé, de l’ordre de plusieurs centaines de millions d’euros.» Le secrétaire général donne même un exemple: les outils de calculs de trajectoires conflictuelles sont informatisés à l’étranger et repose sur l’humain en France, les contrôleurs devant utilisées des barrettes de papier pour ces calculs.»

Une garantie sur l’emploi

Parallèlement, dans ce même plan, l’Unsa-ICNA s’inquiète aussi de l’érosion des effectifs du corps ICNA et prévoit le non-remplacement de 361 postes entre 2009 et 2016, soit 8 % du corps, dans une période d’augmentation du trafic de l’ordre de 10 %. Ils attendent ainsi des «réponses satisfaisantes» sur les conditions d’emploi sur 2015-2019.

Le SNCTA reprochait pour sa part le fait que «les moyens mis en œuvre à ce jour par la direction générale de l’aviation civile, ou ceux prévus pour les cinq prochaines années, ne permettent pas de garantir les orientations stratégiques de performance et de modernisation» du service aérien. Le syndicat a finalement affirmé ce dimanche avoir obtenu des moyens supplémentaires à l’issue des négociations. «Le secrétaire d’État aux transports, a décidé d’accroître les moyens de la navigation aérienne pour lui permettre de mieux appréhender les enjeux de modernisation auxquels elle doit faire face», explique le syndicat.

La direction générale de l’aviation civile (DGAC) demande aux compagnies de réduire mardi de 20 % leurs vols dans les aéroports du Sud de la France et vers plusieurs destinations au départ de Paris.