Alstom: Fin de partie pour General Electric et Siemens/MHI

INDUSTRIE Les candidats au rachat des activités énergie du groupe français sont attendus vendredi après-midi pour un dernier forcing à l’Elysée. «20 Minutes» refait le match…

Claire Planchard

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Le siège d'Alstom à Levallois en région parisienne.
Le siège d'Alstom à Levallois en région parisienne. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Les enchères sont encore montées d’un cran ce vendredi matin à moins de trois jours du dénouement final. Deux mois après l’annonce surprise par Alstom d’un projet de vente de son activité énergie à l’Américain General Electric, et alors que l’offre américaine expire lundi, l’allemand Siemens est finalement sorti du bois en début de semaine avec une offre d’alliance montée en partenariat avec le japonais Mitsubishi Heavy Industries (MHI). Une contre-offensive qui a encore fait bouger les lignes ces 24 dernières heures. 20 Minutes vous refait le match à l’occasion du dernier grand oral organisé à l’Elysée et de la conférence de presse organisée par Arnaud Montebourg à Bercy à 17h sur ce dossier.

  • La structure

Siemens/MHILundi, le tandem avait fait une première offre combinant rachat partiel par Siemens et alliance industrielle entre MHI et Alstom. Un montage dont la complexité avait aussitôt été pointée par les analystes. La version améliorée présentée ce vendredi simplifie un peu les choses, avec une holding commune entre MHI et Alstom, détenue à 60 % par le Français, qui chapeauterait trois activités (turbines à vapeur, hydraulique, réseaux), et non plus trois coentreprises distinctes. Le groupe japonais avait aussi proposé, dès lundi, de prendre jusqu’à 10 % d’Alstom et avancé l’idée d’une entrée à parité de l’Etat au capital. Un appel du pied à Bouygues qui détient aujourd’hui 29,3 % du capital d’Alstom… mais ne serait pas vendeur. Siemens met aussi à disposition son activité de signalisation pour la création à terme d’une coentreprise dans «le management de la mobilité».

GE: Clarté et cohérence sont les points forts du projet. A l’origine, la proposition de GE était même simplissime: racheter le pôle énergie du groupe français, soit 70 % de son activité. Point barre. Mais face à la surenchère de Siemens, l’Américain a revu sa copie et donné des gages au gouvernement qui privilégie une logique d’alliance: GE veut aussi désormais créer trois coentreprises à parité (turbines à vapeur, réseaux et énergies renouvelables) avec Alstom et lui céder son activité de signalisation. Autre nouveauté, il donne des gages sur la question ultrasensible du nucléaire: dans l’alliance à 50-50 dans les turbines à vapeur (fournies à EDF pour les réacteurs de ses centrales nucléaires), l’Etat français aurait un droit de veto dans le domaine de la sécurité et «des droits de gouvernance spécifiques». Une façon de contrer le décret «patriotique» élargi pris mi-mai par le gouvernement pour préserver les activités stratégiques des investisseurs étrangers.

  • L’offre en cash

Siemens/MHI: Logique d’alliance oblige, l’offre en euros sonnants et trébuchants reste loin derrière celle de GE mais l’écart s’est réduit vendredi: le tandem met maintenant 8,2 milliards d’euros sur la table en cash, contre 7 milliards d’euros (3,9 milliards pour Siemens et 3,1 milliards pour MHI) dans la première mouture.

GE: Sur ce point GE n’a pas bougé et reste largement mieux disant: il propose 12,35 milliards d’euros en cash pour racheter les activités énergie d’Alstom.

  • L’emploi

GE: Pour convaincre le gouvernement, General Electric s’est engagé fin mai à créer 1.000 «emplois industriels» en France sur trois ans. Dans son offre améliorée ce jeudi, il a aussi garanti que le siège de quatre activités (réseaux, éolien en mer, hydroélectrique et turbines à vapeur) serait localisé en France.

Siemens/MHI: La promesse (création de 1.000 postes et de 1.000 places d’apprentissage) est assez similaire, avec un engagement spécifique à Belfort, fief d’Alstom. Siemens promet aussi de maintenir l’emploi en France et en Allemagne pendant trois ans dans l’activité turbines à gaz et d’installer en France le siège européen de ses activités dans le gaz.

  • Les soutiens

Siemens/MHI: Officiellement, l’Elysée affiche sa neutralité mais l’offre conjointe de Siemens et Mitsubishi a clairement été poussée par le gouvernement français qui privilégiait une structure de partenariat. Toutefois l’entrée en scène du Japonais a fait voler en éclat le projet «d’Airbus de l’énergie» cher à Bercy et même la dimension européenne du projet. Ce que l’entourage d’Alstom n’a pas manqué de souligner.

GE: C’est le chouchou d’Alstom depuis le début et le groupe américain a soigné son image dans les médias depuis deux mois pour rassurer sur son fort ancrage sur le territoire français. L’avantage de cette option ne serait pas seulement industriel pour Alstom: poursuivi par la justice américaine pour des faits de corruption commis en Indonésie, le groupe français y verrait aussi un coup de pouce judiciaire. En revanche, du côté de Bercy, on voit d’un mauvais œil ce démantèlement conçu «dans le dos de l’Etat» qui avait pourtant sauvé le groupe industriel il y a dix ans. Résultat: le gouvernement a musclé mi-mai un décret de 2005 sur le «patriotisme économique» soumettant à l’autorisation préalable du ministre de l’Economie les investissements par des groupes étrangers en France. Et entend bien s’en servir si besoin.