Pourquoi la Bourse de Paris entre en bourse

FINANCE Vous pouvez désormais acheter un morceau de la Bourse de Paris...

Céline Boff

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Le directeur général adjoint de NYSE Euronext, Dominique Cerutti, lors de l'introduction en Bourse de l'opérateur Euronext, le 10 juin 2014 à Paris
Le directeur général adjoint de NYSE Euronext, Dominique Cerutti, lors de l'introduction en Bourse de l'opérateur Euronext, le 10 juin 2014 à Paris — Eric Piermont AFP

C’est parti. Euronext, l’opérateur de la Bourse de Paris, entre en bourse ce vendredi. Plus de 42 millions d’actions sont proposées à 20 euros l’unité. Une Bourse qui entre en bourse… Mais qu’est-ce que ça veut dire? 20 Minutes fait le point.

Euronext, c’est quoi?

C’est la société chargée de la gestion de la Bourse de Paris, mais aussi de celles d’Amsterdam (Pays-Bas), de Bruxelles (Belgique) et de Lisbonne (Portugal). Plus précisément, cette structure fait l’interface entre l’offre et la demande de titres cotés dans ces quatre places financières. Parmi ses concurrents, il y a notamment London Stock Exchange (LES), qui gère la Bourse de Londres, ou encore Deutsche Boerse, qui opère sur la Bourse de Francfort.

Pourquoi entre-t-elle en bourse?

Parce que son nouveau propriétaire, l’opérateur boursier américain IntercontinentalExchange (ICE), veut s’en débarrasser. En fait, ICE s’est offert il y a sept mois le groupe NYSE-Euronext, composé d’Euronext donc mais surtout de NYSE, c’est-à-dire du New York Stock Exchange (NYSE), l’une des plus grandes bourses mondiales.

ICE a donc décidé de conserver NYSE et de se séparer d’Euronext, en cédant son capital à des actionnaires à travers une introduction en bourse. «Euronext est une société de services, autrement dit une entreprise commerciale comme une autre, rien ne l’empêche d’entrer elle-même en bourse. D’ailleurs, les principaux concurrents d’Euronext sont déjà cotés», explique Philippe Crevel, secrétaire général du Cercle des épargnants.

Est-ce une bonne nouvelle?

La réponse est oui. D’abord parce qu’Euronext «a besoin d’argent frais pour assurer son développement, notamment technique, et avoir ainsi les armes pour mieux concurrencer ses compétiteurs, tels que Londres», note Philippe Crevel. Grâce à son entrée en bourse, Euronext devrait pouvoir lever 845 millions d’euros.

Et si la Bourse parisienne devient plus forte, c’est aussi une bonne nouvelle pour les entreprises, notamment les PME. Ces dernières pourraient y trouver des ressources financières, alors que les crédits accordés par les banques ont plutôt tendance à diminuer.

Par ailleurs, une société cotée a de nombreuses obligations. Elle doit notamment publier ses comptes. Autrement dit, «les actionnaires d’Euronext mais aussi tous ses clients seront mieux informés, la transparence s’accroît, ce qui est une bonne chose», insiste Philippe Crevel. Mais si Euronext se retrouve coté sur… Euronext, n’y a-t-il pas risque un conflit d’intérêt? «Elle pourrait faire varier son cours, mais tricher ainsi serait extrêmement dangereux et Euronext sera plus que surveillée…», estime Philippe Crevel.

Est-ce un bon investissement pour les particuliers?

Environ 10 % du capital d’Euronext sont proposés aux actionnaires individuels. Pour attirer ces acheteurs, Euronext a assuré qu’elle redistribuera beaucoup de bénéfices, «mais cette société existe depuis longtemps, il ne s’agit pas d’une start-up, ses performances ne seront donc pas exceptionnelles», prévient Philippe Crevel.

Son atout, c’est plutôt d’être «un placement relativement sûr», comme le prouve la volonté d’une dizaine d’établissements financiers européens – parmi lesquels BNP Paribas, la Société générale ou encore BPI France- d’acheter ces actions.

«Permettre à des petits actionnaires de devenir propriétaires des Bourses de Paris ou d’Amsterdam, c’est aussi un message pédagogique adressé aux épargnants français et européens. Une façon de leur faire comprendre que la bourse n’est pas réservée qu’aux gros investisseurs», analyse Philippe Crevel, qui recommande toutefois aux acheteurs éventuels «de se lancer avec modération, comme toujours en bourse».