Grève à la SNCF : Quel coût pour l’économie française?

INTERVIEW Les coûts sont nombreux, selon l’économiste Marc Touati...

Bertrand de Volontat

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Voyageurs et employés de la SNCF au 9ème jour de grève, le 19 juin 2014 gare d'Austerlitz à Paris
Voyageurs et employés de la SNCF au 9ème jour de grève, le 19 juin 2014 gare d'Austerlitz à Paris — Stéphane de Sakutin AFP

Une grève des transports, comme celle qui perturbe depuis le 10 juin le trafic SNCF, a des conséquences directes sur l’activité de ses usagers, travailleurs ou entreprises, mais aussi indirectes sur nombre d’autres secteurs d’activités  : salariés coincés dans les embouteillages, journées de RTT posées à la dernière minute, livraisons en attente, reports d’achats, les effets sont nombreux… Avec au final un manque à gagner pour l’économie globale en terme de produit intérieur but français. Avec 500 à 3.000 entreprises touchées par la grève selon les estimations, difficile toutefois de chiffrer précisément  ce coût économique. La SNCF a d’ores et déjà évalué ses pertes à 153 millions d’euros auxquels s’ajoute 12 millions d’euros par jour de grève supplémentaire. L’économiste Marc Touati, président du cabinet de conseil ACDEFI et auteur du livre Le dictionnaire terrifiant de la dette, analyse la situation pour 20 Minutes.

Doit-on s’attendre à une lourde facture pour la France?

Le coût économique d’un tel mouvement est dû à un manque d’activité (réunions qui n’ont pas lieu, accords commerciaux annulés, livraisons non réalisées). Ce manque s’évalue en moyenne à 400 millions d’euros par jour. En 1995, lors de la grande grève, le mouvement avait coûté 1 point de PIB à la France sur l’année, c’est énorme. Si c’est fois-ci, la grève ne devrait pas excéder un impact de 0,1 à 0,2 point de PIB, comme nous avons une croissance nulle, l’impact relatif sera beaucoup plus élevé à l’arrivée.

Le timing de cette grève a-t-il un impact sur l’économie?

Avec une croissance catastrophique au premier trimestre, un mois d’avril faible, un mois de mai férié et le tunnel estival de juillet et août, les entreprises comptaient sur le mois de juin pour s’élancer dans cette année 2014. C’est raté. Cette grève casse le seul mois dynamique et c’est dangereux pour la fin de l’année. Il en a va de même pour le chômage avec les embauches, souvent réalisées en juin, qui se retrouvent gelées depuis 10 jours.

Le pays peut-il rapidement s’en remettre?

Le second coût touche à la crédibilité du pays avec l’image d’une France irréformable. Des années que la France planche sur une réforme ferroviaire pour déboucher finalement sur un conflit social qui dure, de plus sous un gouvernement socialiste. Aujourd’hui la France est déjà sur le fil du rasoir et son image continue de se détériorer. Il y aura un coût pour la France à moyen terme.