Réforme ferroviaire: La concurrence profitera-t-elle aux usagers?

TRANSPORTS D'après les syndicats, l'ouverture du marché sera une catastrophe pour le secteur ferroviaire dans son ensemble et pour les voyageurs en particulier...

Céline Boff

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Des passagers sur un quai de la gare de Lyon, à Paris, le 15 juin 2014, au 5e jour de la grève de la SNCF
Des passagers sur un quai de la gare de Lyon, à Paris, le 15 juin 2014, au 5e jour de la grève de la SNCF — Fred Dufour AFP

Et ça continue. Après huit jours de grève, les cheminots ont décidé de reconduire leur mouvement jeudi. Pour la neuvième journée consécutive. Dans leur ligne de mire: le projet de réforme ferroviaire, actuellement débattu à l’Assemblée nationale. Ils se mobilisent surtout pour compromettre l’ouverture à la concurrence, réclamée par Bruxelles et prévue pour 2019 en France.

D’après Thierry Lepaon, secrétaire national de la CGT, le gouvernement a le pouvoir de s’y opposer. Ce qui n’est pas totalement vrai: «La France peut voter contre l’ouverture à la concurrence dans le transport national de voyageurs, mais elle devra convaincre d’autres Etats et obtenir une majorité qualifiée pour faire échouer cette proposition… Et cela semble difficile», détaille un proche du dossier.

«Et puis, comment peut-elle défendre cette position alors que la SNCF bénéficie déjà de l’ouverture dans certains pays, comme en Autriche ou en Italie, où elle est présente à travers des filiales?». Le groupe réalise d’ailleurs 25 % de son chiffre d’affaires à l’international.

«Un véritable service public»

Surtout, le gouvernement a-t-il intérêt à s’opposer à cette évolution? Oui, répondent les syndicats, pour qui tout le monde y perdrait, y compris les usagers. Mais ce n’est pas l’avis de Fabrice Michel, de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut): «La SNCF ne s’intéresse plus aux lignes régionales et les voyageurs passent leur temps à s’adapter aux caprices de cette compagnie en termes d’horaires, d’annulation de trains, de suppression de dessertes et même de lignes considérées comme non rentables. Quand la concurrence sera autorisée, les Régions pourront négocier avec les différents opérateurs, elles ne seront plus soumises au bon vouloir d’un seul acteur».

Les Conseils régionaux reprendront ainsi la main sur l’organisation des transports dans leurs territoires et le service devrait s’améliorer. «La concurrence ne sera pas sauvage puisqu’elle sera régulée par leurs appels d’offres et les usagers pourront enfin disposer d’un véritable service public», assure Fabrice Michel.

La question de la sécurité

Côté prix, les tarifs ne devraient pas sensiblement baisser, mais des rabais pourraient s’opérer sur certaines lignes. Sans forcément nuire à la sécurité, un autre chiffon rouge agité par les syndicats. Ils redoutent que leurs futurs concurrents fassent l’impasse sur les problématiques de maintenance, dans le but d’accroître leur profitabilité. Et citent l’exemple anglais pour convaincre.

Outre-manche, la privatisation du secteur décidée en 1993 – et en partie renationalisé depuis- a été à l’origine d’une forte dégradation du réseau et d’une multiplication des accidents. Reste que dans le projet français, le réseau restera sous contrôle public. Ce qui n'est d'ailleurs pas non plus un gage de sécurité, comme l'a prouvé l'accident de Brétigny-sur-Orge (Essonne), survenu le 12 juillet 2013.

Il y a un mois, Robert Hazan, expert judiciaire nommé dès les premières heures dans l’enquête, rendait ses premières conclusions et révélait de nombreuses négligences, accablant ainsi la SNCF.