Tourisme: troisième hiver raté, les voyagistes espèrent un meilleur été

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René-Marc Chikli, président du Syndicat des entreprises de tour-operating (Seto), le 17 avril 2010 à Paris
René-Marc Chikli, président du Syndicat des entreprises de tour-operating (Seto), le 17 avril 2010 à Paris — Bertrand Langlois AFP

Les tour-opérateurs français continuent de peiner avec une activité en recul pour le troisième hiver consécutif, mais ils espèrent faire mieux cet été, aidés par la destination Tunisie qui semble enfin donner quelques lueurs d'espoir.

«C'est notre troisième hiver négatif. Le dernier hiver positif remonte à 2010-2011», a dit à l'AFP René-Marc Chikli, le président du Syndicat des entreprises de tour-operating (Seto), qui a publié son bilan mercredi.

De novembre à fin avril, le volume d'affaires des 70 membres du Seto a reculé de 8,1% à 2,04 milliards d'euros et la clientèle a encore fondu: seulement 2,46 millions de clients sont passés par un tour-opérateur, soit 9,4% de moins qu'à l'hiver 2012-2013, au cours duquel la clientèle avait déjà reculé de plus de 10%.

Les voyagistes français ont perdu de nouveau cet hiver 100.000 clients sur les voyages à forfaits, c'est-à-dire les packages vol + séjour qui constituent leur coeur de métier et génèrent les meilleures marges. Ce type de vacances n'a plus attiré que 1,5 million de personnes (-6,8%), pour un volume d'affaires en baisse de 5,3% à 1,68 milliard d'euros.

Quant aux ventes de billets d'avion seuls, elles ont chuté sous le million de passagers (-13,2%), faisant plonger le volume d'affaires de 19,3% à 362 millions d'euros.

Les causes sont plurielles. «La crise et la fiscalité pèsent» sur le moral et les budgets, et «certaines destinations majeures de l'hiver n'ont pas redécollé», à commencer par la Tunisie où seulement 52.000 clients sont partis cet hiver avec les voyagistes du Seto, explique René-Marc Chikli.

Concernant l'Egypte, désertée par les Français en raison de la situation sécuritaire, «on ne peut plus aller plus bas. A l'hiver 2003-2004, on avait fait partir 200.000 clients en Egypte, à l'hiver 2007-2008 c'était 150.000 et maintenant c'est 7.000», dit M. Chikli.

La baisse des départs s'explique aussi par une réduction volontaire des capacités des tour-opérateurs vers certaines destinations, dont la République dominicaine et l'Ile Maurice, note le Seto.

La bonne nouvelle est que les clients dépensent en moyenne un petit peu plus pour leurs voyages. Et tous les voyagistes ne sont pas sur une pente descendante: certains se sont adaptés ou sont sur des niches qui marchent, leur permettant d'afficher de «solides performances», relève le Seto. C'est le cas notamment de Voyageurs du Monde, leader des voyages sur mesure et d'aventure.

- La Tunisie repart -

Les voyagistes français font traditionnellement l'essentiel de leur chiffre d'affaires de l'hiver grâce aux destinations lointaines, suivies par celles du Bassin méditerranée.

Les perspectives estivales de la profession restent pour leur part incertaines.

Soulagement: les ventes vers la Tunisie, destination-clé pour le marché français mais en berne depuis le Printemps arabe, «commencent enfin à redémarrer», selon M. Chikli.

Le Syndicat national des agents de voyage (Snav) l'a lui aussi constaté. Il estime que «l'été 2014 verra certainement la Tunisie revenir au tout premier plan des destinations les mieux vendues au départ de la France». Pour donner l'exemple, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a annoncé qu'il passerait ses vacances en Tunisie.

Néanmoins, toutes destinations confondues, le carnet de commandes du Seto pour la saison d'été se maintenait tout juste à la fin mai.

Les ventes continuent de se faire pour beaucoup à la dernière minute, déplore M. Chikli. A fortiori une année de Mondial de football, où «les gens ne pensent pas aux voyages mais au foot et vont se décider encore plus tard que d'habitude».

Environ 20% des ventes pour juillet sont réalisées «au dernier moment en juillet», indique le président du Seto. Et pour l'instant «le mois d'août reste à faire».

Les voyagistes risquent au final de «ne pas rattraper le retard pris sur l'hiver, à moins de faire une formidable arrière-saison en septembre-octobre», dit M. Chikli. Mais il table plutôt sur «un nouvel exercice en recul».