Airbus: Breton appelle à la raison

ECONOMIE Les syndicats inquiets, les politiques prennent position...

Pierre Koetschet

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"Dimanche soir, le conseil d'administration d'EADS (maison mère d'Airbus, ndlr) a interrompu ses travaux sur Power8", le plan d'économies d'Airbus, faute d'accord sur "la répartition de la charge de travail entre pays sur l'A350 XWB", un projet de dix milliards d'euros lancé en décembre pour concurrencer le 787 de l'américain Boeing, a indiqué lundi Airbus dans un communiqué.
"Dimanche soir, le conseil d'administration d'EADS (maison mère d'Airbus, ndlr) a interrompu ses travaux sur Power8", le plan d'économies d'Airbus, faute d'accord sur "la répartition de la charge de travail entre pays sur l'A350 XWB", un projet de dix milliards d'euros lancé en décembre pour concurrencer le 787 de l'américain Boeing, a indiqué lundi Airbus dans un communiqué. — Eric Cabanis AFP

Syndicats, politiques, chacun se renvoie la balle dans le report de l'annonce du plan de restructuration Power8. «Ce qui nous intéresse, c’est l’avenir d’Airbus. On n’accepte pas les interférences politiques en contradiction avec des choix faits pour des raisons industrielles», regrette Bernard Valette, secrétaire national CFE-CGC. Comme d’autres syndicalistes, il s’inquiète de voir l’avenir de l’avionneur pris en otage pour des raisons politiques.

Clivages nationaux

Dimanche soir, lors du conseil d’administration d’EADS, la maison mère de l’avionneur, les principaux actionnaires français et allemands n’ont pas réussi à trouver un terrain d’entente sur Power8, le plan d’économies d’Airbus, au grand désarroi du PDG d’Airbus et co-président d’EADS Louis Gallois. Ce dernier les a exhorté lundi à «trouver très rapidement une solution qui surmonte les clivages nationaux. J'ai fait des propositions que je juge équilibrées, tant sur plan industriel que technologique et qui servent notre objectif de compétitivité économique », explique-t-il dans un communiqué.

Choix des sites

Le désaccord porterait en particulier sur le choix des sites européens qui participeront à la fabrication des panneaux en matériau composite de la structure de l'A350, le futur long-courrier d’Airbus, «sous pression politique allemande», croit savoir Bernard Valette. une analyse pas forcément démentie par la réaction du ministre allemand de l'Economie, Michael Glos, pour qui «il est important que les technologies de pointe continuent d'être représentées en Allemagne.»
Les syndicalistes français n'excluent pas à leur tour de faire pression sur les politiques français. Pour calmer le jeu, Thierry Breton, son homologue français, a «appelé tout le monde à la raison.»

«Défendre Toulouse»

Son collègue Philippe Douste-Blazy, le ministre des Affaires étrangères et ancien maire de Toulouse s’est tout de même dit déterminé à défendre «de très près le site de Toulouse», sur la radio BFM.

Le report ne fait qu’ajouter aux inquiétudes des salariés quant à leur éventuel avenir dans l’entreprise. «Une situation malsaine s’installe, souligne Gérard Boulicault, délégué CGT au comité européen d’Airbus. Les salariés ne savent pas si dans trois mois, ils seront encore chez Airbus ou externalisés.»

Au-delà d’immédiates suppressions de postes et ventes d’usines, c’est la remise en cause du modèle social qui inquiète les syndicats: «Nous ne sommes pas inquiets sur des fermetures d'usine car nous avons cinq ans de travail devant nous et 2.000 avions en commande, explique Philippe Fraysse, délégué FO. Ce que nous craignons c'est le «modèle Boeing», c'est-à-dire qu'Airbus ne garde que la conception, l'assemblage final et la livraison, et que tout le reste soit externalisé.»

Le plan Power8 prévoirait de 10.000 à 12.000 suppressions de postes, dont de 3.000 à 4.000 en France, selon le quotidien économique Les Echos. Cependant, d'après le journal économique, «ces réductions ne concernent pas seulement les 55.000 salariés d'Airbus», mais aussi «les 30.000 personnes employées par les sous-traitants travaillant sur les sites d'Airbus». Selon l'autre quotidien économique, La Tribune, «trois usines seraient cédées : Méaulte, en France, Varel et Nordenham en Allemagne».