Finlande: le «bon élève» rejoint les cancres de la croissance

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La Banque de Finlande à Helsinki le 5 mai 2011
La Banque de Finlande à Helsinki le 5 mai 2011 — Jonathan Nackstrand AFP

La Finlande, longtemps considérée comme un «bon élève» de la zone euro, se retrouve dans sa plus longue récession en plus de vingt ans, avec huit trimestres consécutifs sans croissance.

Selon les données du bureau statistique national publiées jeudi, le produit intérieur brut a continué de baisser au premier trimestre, reculant de 0,4% par rapport au trimestre précédent.

La Finlande reste sur deux années de contraction économique (-1,4% en 2013 après -1,0% en 2012) et se demande déjà si elle ne va pas en connaître une troisième.

«Cette période de récession est la plus longue depuis la récession du début des années 90, époque à laquelle l'économie s'était contractée pendant trois ans, entre 1990 et 1993», a rappelé le bureau statistique.

Les piliers traditionnels de l'économie, notamment le papier et l'électronique, souffrent d'un lent déclin. Et à plus court terme, les échanges commerciaux avec le voisin russe ont été touchés par la faiblesse du rouble et la crise en Ukraine. 

Avec une population vieillissante et un chômage qui monte (8,5% en avril), la pression est de plus en plus forte sur les finances publiques. «Il est intéressant de voir que l'ancien élève modèle de l'Union européenne est tombé dans des difficultés», commente un chercheur de la Fondation Kalevi-Sorsa (social-démocrate), Antti Alaja, interrogé par l'AFP.

«Les autres pays avec plus ou moins la même structure et le même modèle fiscal, notamment la Suède, s'en sont sortis beaucoup mieux», analyse-t-il. «Si le chômage reste à un niveau élevé pendant longtemps on risque de l'exclusion et une perte de savoir-faire (...) De ce point de vue une politique de relance serait justifiée».

Le gouvernement de coalition, qui inclut des partis de gauche et de droite, a mené une politique d'austérité vue d'un bon oeil par l'Allemagne. Mais malgré des hausses d'impôt et des coupes dans les dépenses, la dette publique a grimpé.

Celle-ci devrait dépasser le seuil des 60% du PIB en 2014 - soit la limite haute fixée par les traités européens - alors qu'en 2011 elle n'était que de 49%.

Les économistes attendent des changements plus profonds.

«Il faut accélérer les réformes structurelles (...) Si on veut relancer l'économie, on doit baisser les impôts, ce qui apporterait du dynamisme», a écrit un économiste de la banque Nordea, Aki Kangasharju, dans un note de prévision économique publiée mercredi.

La première banque nordique ne croit plus à la prévision gouvernementale selon laquelle la croissance sera de retour en 2014. Selon elle, le recul du PIB sera de 0,5%.

- Problème de compétitivité de l'industrie -

 

Le gouvernement a annoncé fin 2013 de vastes réformes structurelles dans le système de protection sociale, les collectivités locales et l'éducation. Mais faute d'un consensus durable le gouvernement a eu du mal à mettre en oeuvre ses propositions. 

Depuis le printemps, les appels au changement de politique ont provoqué des tensions au sein de l'exécutif.

Le parti social-démocrate a assigné au poste de ministre des Finances son nouveau leader, Antti Rinne, un ex-syndicaliste qui avait longtemps critiqué la politique d'austérité.

Le Premier ministre conservateur Jyrki Katainen a à son tour annoncé en avril qu'il quitterait son poste en juin.

Et en mars, la Ligue de gauche, un parti minoritaire, avait déjà quitté le gouvernement pour protester contre les coupes budgétaires. 

Mais derrière les remous politiques et les réformes du secteur public se cache une autre défi: la restructuration d'une industrie qui connaît des problèmes de compétitivité.

Pour le directeur de recherche de l'institut économique ETLA, Mika Maliranta, les institutions finlandaises «sont en bonne santé» et le pays «n'est pas aussi dépendant d'une ou deux locomotives» comme Nokia, ancien numéro un mondial des téléphones portables.

Difficile selon lui de réitérer la sortie «miracle» de la récession il y a 20 ans, à laquelle avait contribué cette entreprise aujourd'hui propriété de l'américain Microsoft.

Mais le gouvernement tâche d'aider des secteurs d'avenir, comme les technologies vertes, les biotechnologies, et le numérique au sens large.

«Je crois à une spécialisation approfondie des différents secteurs industriels, qui savent profiter de la mondialisation et de la numérisation avec notre main-d'oeuvre hautement qualifiée», souligne M. Maliranta.