Gaz: «A court terme, il n'est pas possible de s'approvisionner ailleurs qu'en Russie»

INTERVIEW Rencontre avec Jérôme Ferrier, président de l'Association française du gaz...

Propos recueillis par Céline Boff

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Le géant russe Gazprom a annoncé lundi avoir repoussé au 9 juin le passage au système de prépaiement pour ses livraisons de gaz à l'Ukraine
Le géant russe Gazprom a annoncé lundi avoir repoussé au 9 juin le passage au système de prépaiement pour ses livraisons de gaz à l'Ukraine — Viktor Drachev AFP

La crise ukrainienne. Ce sera le sujet central du G7, comprenez du rendez-vous des dirigeants de sept des plus grandes nations mondiales, qui s’ouvre ce mercredi à Bruxelles. Si l’Europe cherche à trouver une solution aux tensions entre Moscou et Kiev, sa dépendance au gaz russe lui impose de la retenue. Mais quels sont les véritables risques? 20 Minutes a posé la question à Jérôme Ferrier, président de l’Association française du gaz (AFG).

La Russie peut-elle couper le gaz à l’Europe?

Le Russe Gazprom menace de ne plus fournir de gaz à l’Ukrainien Naftogaz si ce dernier ne lui règle pas ses factures. Mais cet ultimatum pèse sur l’Ukraine, pas sur l’Europe.

L’Union européenne s’inquiète parce qu’en 2006 et en 2009, son approvisionnement avait été interrompu à plusieurs reprises. Si le transit avait cessé, c’est parce que l’Ukraine procédait à des prélèvements non autorisés. Ce risque existe encore aujourd’hui, mais il est moins important depuis la mise en service du gazoduc reliant directement la Russie à l’Allemagne et il le sera encore moins bientôt, lorsqu’un autre gazoduc raccordera la Russie à l’Europe du Sud, à travers la mer Noire.

Faut-il réduire la dépendance de l’Europe au gaz russe?

Ces quarante dernières années à travers le monde, les contrats ont toujours été respectés, quelles que soient les tensions, sauf en cas d’accidents ou de problèmes techniques. Souvenez-nous de l’Algérie dans les années 1990. Malgré une situation sécuritaire fortement dégradée, jamais un seul mètre cube de gaz n’a manqué à la France. Tout simplement parce qu’il n’est dans l’intérêt ni de l’acheteur, ni du vendeur, de mettre en péril des contrats qui courent sur vingt-cinq à trente ans.

Ensuite, il faut se demander s’il est possible de s’approvisionner ailleurs qu’en Russie… Et à court terme, c’est-à-dire, dans les deux ans qui viennent, la réponse est non, sauf pour des quantités marginales.

Faut-il se tourner vers le gaz iranien?

Ce pays dispose de réserves importantes en gaz conventionnel mais il faudrait lever les sanctions européennes pour y avoir accès… Les autres lieux d’approvisionnement possibles sont l’Azerbaïdjan et le Turkménistan. Si ces pays cherchent à construire des gazoducs, ils préfèrent les relier à l’Asie, un continent en plein développement. Ainsi, le Turkménistan a déjà un tuyau vers la Chine et l’Iran discute actuellement avec la Chine et avec l’Inde.

Si l’Europe veut accéder demain à de nouveaux fournisseurs de gaz, elle doit prendre des décisions dès aujourd’hui, sachant que la durée minimale pour mener à bien un projet de gazoduc est au minimum de cinq ans.

Quid des Etats-Unis?

Grâce à leur exploitation des gaz de schiste, ils vont devenir exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL), mais seulement à partir de la fin de l’année 2015 et en quantité relativement faible au regard des besoins européens. De plus, ce gaz pourrait parvenir à l’Europe à un prix supérieur à celui de l’actuel gaz russe.

Dans un récent entretien au Parisien, la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal s’est montrée plus souple sur les gaz de schiste. Une bonne nouvelle d’après vous?

Bien sûr! Les réserves connues en gaz conventionnel sont suffisantes pour répondre à nos besoins pendant une centaine d’années, mais l’avenir du gaz naturel passera aussi par le gaz de schiste, le gaz de houille ou encore le gaz d’hydrate, ce que l’on appelle les gaz non conventionnels.

Il est intéressant de voir que les réserves en gaz non conventionnels se situent dans les Amériques, en Australie, en Chine, en Europe et en Afrique du Sud… Elles viennent donc compléter les zones de production de gaz conventionnels que sont l’Asie centrale, l’Europe orientale et le Moyen-Orient. Cela équilibre le panorama en termes de diversification et de sécurisation des approvisionnements.