Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso à Bruxelles, le 2 juin 2014
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso à Bruxelles, le 2 juin 2014 — Georges Gobet AFP

BUDGET

Bruxelles la joue cool avec la France

La Commission européenne a décidé de ne pas proposer de sanction financière contre le pays...

Pas mal, mais peut mieux faire. C’est en substance le message adressé ce lundi à la France par Bruxelles. En mars, la Commission européenne avait pourtant montré les dents. Elle avait placé l’Hexagone sous une «surveillance renforcée» et voyait mal comment notre pays, qu’elle jugeait en fort «déséquilibre macroéconomique», pouvait échapper à une sanction financière.

Ce lundi 2 juin, tout a changé. «La Commission européenne n’a pas jugé approprié d’adopter une nouvelle étape dans la procédure de déficit excessif», explique une source proche du dossier. Autrement dit, elle n’estime pas pertinent de proposer une amende, qui s’élèverait au minimum à 0,2 % du PIB de la France, soit environ 4,4 milliards d’euros.

Un changement de ton

La France n’a pourtant pas tenu ses engagements en termes d’ajustement budgétaire l’an dernier et la Commission européenne ne pense pas qu’elle les honorera cette année. «Mais les écarts sont faibles», justifie-t-on à Bruxelles, «nous pensons que le déficit atteindra 3,9 % en 2014, au lieu de 3,8 % promis par le gouvernement».

La Commission européenne se dit également convaincue par les dernières annonces du gouvernement français, notamment par son pacte de responsabilité et de solidarité. La victoire du Front national aux élections européennes jouerait-elle un rôle dans cette soudaine modération? La Commission européenne assure que non. Le changement de ton reste pour le moins surprenant.

En attendant, Bruxelles soumet tout de même à la France une série de recommandations de réformes pour «améliorer sa compétitivité». Elle demande au gouvernement des éclaircissements sur la manière dont il compte financer les coups de pouce dernièrement annoncés pour soutenir le pouvoir d’achat des Français cette année. Ce que l’équipe de Manuel Valls devrait faire dès le 11 juin, lors de la présentation en conseil des ministres du projet de loi de finances rectificative.

Des inquiétudes pour 2015

Au final, la Commission européenne s’inquiète surtout pour 2015. Sur les 21 milliards d’euros d’économies annoncées par le gouvernement, elle en comprend 17,5 milliards, mais s’interroge sur les 3,5 milliards restants. Ces coupes seront-elles réellement au rendez-vous?

Bruxelles craint que les annonces françaises soient surévaluées, surtout si la conjoncture n’est pas aussi vigoureuse qu’espérée. Paris table sur une croissance de 1,7 % l’an prochain. Si elle n’atteint pas ce niveau, les recettes fiscales seront de fait moins importantes qu’attendu. Ce qui a déjà été le cas l’an dernier: en 2013, les impôts ont rapporté 14,6 milliards d’euros de moins que ce qu’avait prévu le gouvernement.