Les retraités, victimes de la politique du gouvernement?

SOCIAL Neuf syndicats et associations appellent les retraités à manifester à Paris ce mardi…

Nicolas Beunaiche

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A la manifestation contre la réforme des retraites, le 26 novembre 2013, à Paris.
A la manifestation contre la réforme des retraites, le 26 novembre 2013, à Paris. — SEVGI/SIPA

Ils ne paralyseront pas les services publics, faute de pouvoir se mettre en grève. Mais les retraités, qui manifesteront ce mardi à Paris, à l’appel de neuf syndicats et associations, n’entendent pas pour autant passer inaperçus aux yeux du gouvernement et des actifs. Délaissés par Matignon et accablés par la baisse de leur pouvoir d’achat, selon les organisations qui les représentent, ils espèrent bien faire passer un message: «Les retraités ne sont pas des nantis.»

Un pouvoir d’achat en recul

Il faut dire que les indicateurs sont trompeurs. Si le niveau des pensions (1.288 euros) a augmenté entre 2011 et 2012, selon les derniers chiffres dont dispose la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), l’impression est faussée par l’arrivée de nouveaux retraités à la carrière plus longue et mieux rémunérée. Autrement dit: dans leur ombre, les actifs qui se sont retirés du marché du travail depuis plus longtemps souffrent, eux, en silence. Idem pour les ex-salariés à bas salaire et les femmes, rappelle Jacqueline Valli, présidente de l’Unar-CFTC. En 2012, celles-ci devaient en effet se contenter de 951 euros par mois, quand leurs homologues masculins recevaient 1.654 euros de l’Etat.

Pris en étau entre le déficit de la branche vieillesse et l’atonie de l’économie française, le gouvernement n’est évidemment pas seul responsable de cet appauvrissement, explique Vincent Touzé, économiste à l’OFCE. Mais mardi, c’est bien à lui que les manifestants demanderont des comptes. Dans la liste de leurs doléances: l’augmentation des charges (via la fiscalisation du supplément de 10 % pour les retraités ayant eu trois enfants et plus ou la suppression de la demi-part supplémentaire pour les veufs et veuves), ainsi que la non-revalorisation des retraites complémentaires versées aux retraités du secteur privé et le report de la date de revalorisation des pensions versées par l’ensemble des régimes de base au 1er octobre.

Un problème français

Autre motif de mécontentement: la lenteur du projet de loi qui doit améliorer la prise en charge à domicile des personnes âgées dépendantes. Après la clôture de la concertation en février, le texte devrait être présenté ce mardi en conseil des ministres, mais son vote reste menacé par la surcharge du calendrier parlementaire. «Nous ne savons pas où nous en sommes», résume Jacqueline Valli, qui a participé aux discussions. Or le projet de loi est d’autant plus important qu’il est lié à la question du pouvoir d’achat des plus de 75 ans, rappelle Vincent Touzé.

C’est d’ailleurs tout le problème de la France, assure-t-il: «A force de naviguer à vue, les gouvernements provoquent la colère des retraités». «A l’inverse de la Suède, par exemple, la France n’a pas de règles prédéfinies, précise Vincent Touzé. Elle gagnerait à cesser de faire des ajustements surprises et de fausses promesses.» Ainsi, Manuel Valls a beau être revenu quelque peu en arrière en exemptant du gel des pensions les retraités recevant moins de 1.200 euros par mois, il n’a pas réussi cependant à apaiser la colère des représentants syndicaux. «Nous refusons de rentrer dans une logique d’opposition entre les différents types de retraités», justifie Jacqueline Galli.

Mardi, avec l’ensemble des délégués syndicaux, elle renouvellera donc la demande d’entretien des organisations syndicales auprès du gouvernement. Après un premier refus du Premier ministre, elles espèrent obtenir un rendez-vous au ministère des Affaires sociales et de la Santé de Marisol Touraine, vers qui Manuel Valls les a renvoyées.