Wendel: l'ex-patron Lafonta mis en examen pour délit d'initié

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L'ancien patron de la société d'investissements Wendel, Jean-Bernard Lafonta, en 2009 à Paris
L'ancien patron de la société d'investissements Wendel, Jean-Bernard Lafonta, en 2009 à Paris — Eric Piermont AFP

Volontiers présenté comme un «as de la finance», Jean-Bernard Lafonta, ancien patron de la société d'investissements Wendel, a été mis en examen le 14 mai pour diffusion de fausse information aux marchés et délit d'initié.

Figure emblématique du patronat français mais désormais en retrait de la société familiale héritière des maîtres des Forges lorrains, Ernest-Antoine Seillière, a été placé sous le statut intermédiaire de témoin assisté, ont encore déclaré mercredi à l'AFP des sources judiciaires.

C'est également le cas du successeur de Jean-Bernard Lafonta au poste de président du directoire de Wendel, Frédéric Lemoine.

Ces décisions d'une juge d'instruction financière ont été prises dans le cadre d'une procédure déclenchée par la plainte en 2012 de l'ex-directeur juridique du groupe, Arnaud Desclèves.

Une ex-administratrice de la holding, Sophie Boegner, membre de la famille Wendel, adversaire de longue date de la gestion Seillière-Lafonta, s'était constituée partie civile. Ni elle ni l'avocat d'Arnaud Desclèves n'ont souhaité réagir.

Dans la plainte que l'AFP s'était procurée, étaient notamment portées des accusations «d'information trompeuse sur la situation financière et comptable de Wendel».

Y était notamment reproché à Jean-Bernard Lafonta, alors qu'il quittait un groupe en grande difficulté en mars 2009, d'avoir publié un actif net réévalué (ANR, un indice de performance financière d'une société) «artificiellement gonflé (22 euros au lieu de 10) pour lui permettre de soutenir le cours de bourse de Wendel malgré la situation de déconfiture de la société».

Jean-Bernard Lafonta en aurait «profité pour vendre ses actions Wendel à un prix bien supérieur à ce qu'il aurait dû être».

Dans sa plainte, Arnaud Desclèves affirmait que son ancien patron avait pu réaliser une «plus-value indue de 12 euros environ» par titre, estimant que le total du gain était susceptible d'aller jusqu'à «environ 4 millions d'euros».

Il juge que du fait de cette manoeuvre présumée, les investisseurs qui ont comme lui acheté des titres Wendel à ce moment là, «l'ont fait à un cours d'environ le double de ce qu'il aurait dû être».

- 'Situation catastrophique cachée aux actionnaires' ? -

Le groupe Wendel a traversé une période de turbulences, notamment liées aux difficultés de l'absorption de Saint-Gobain et à la contestation au sein de la famille Wendel d'un montage complexe, Solfur, supposé offrir aux dirigeants, dont Ernest-Antoine Seillière et Jean-Bernard Lafonta, ainsi qu'à une dizaine de cadres, une part du capital dans des conditions avantageuses.

Mais, avant même la débâcle financière de 2008, les comptes de Wendel pâtissaient lourdement des grosses difficultés de Saint-Gobain, qui subissaient de plein fouet la crise de la construction.

Or, selon la plainte d'Arnaud Desclèves, «cette situation catastrophique a été cachée aux actionnaires et au marché avec le plus grand soin».

«Dans ce contexte totalement ignoré du public, pour prix de son départ, Jean-Bernard Lafonta exigeait de pouvoir se débarrasser d'une partie de ses actions Wendel sans avoir à subir les effets des difficultés de Wendel», affirmait M. Desclèves.

Dénonçant une «action infondée» et l'«acharnement d'un ancien cadre dirigeant», l'avocat de Jean-Bernard Lafonta, Me Antonin Levy, relève qu'«aucune autorité boursière ou pénale n'a jamais, depuis 2009, jugé utile d'enquêter» sur ces faits allégués.

L'avocat de Frédéric Lemoine, Me Karim Beylouni, a assuré que son client avait été placé «à sa demande» sous le statut de témoin assisté. Les avocats d'Ernest-Antoine Seillière n'ont pas souhaité réagir.

Relevant qu'elle n'était «pas partie à cette affaire», la société Wendel a prévenu que «si cette information (était) avérée», elle «étudiera toutes les options afin de préserver ses droits et faire valoir ses arguments».

Le délit d'initié et celui de diffusion de fausse information sont passibles de deux ans de prison au maximum et d'une amende pouvant aller jusqu'à 1,5 million d'euros et dix fois le profit réalisé.

Concomitamment, une enquête pénale pour fraude fiscale est en cours. Elle est susceptible de viser les souscripteurs au programme Solfur, dont Jean-Bernard Lafonta et Ernest-Antoine Seillière.