Nestlé rachète à Valeant les droits sur des produits de dermatologie

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Le siège de Nestlé à Vevey, en Suisse
Le siège de Nestlé à Vevey, en Suisse — Fabrice Coffrini AFP

Le géant suisse de l'alimentation Nestlé a donné un signe clair de ses ambitions dans le secteur des soins de la peau, en annonçant mercredi le rachat des droits du groupe canadien Valeant sur une gamme de produits dermatologiques.

Le groupe basé à Vevey, sur les rives du lac Léman, va débourser quelques 1,4 milliard de dollars (1,02 milliard d'euros) pour racheter les droits au Canada et aux États-Unis d'un panier de produits, ces deux marchés représentant à eux seuls plus de la moitié des ventes dans l'esthétique médicale.

«Par cet achat, nous allons acquérir des actifs clés pour accroître l'activité de Nestlé dans le domaine des traitements dermatologiques spécialisés», a commenté le président du conseil d'administration, Peter Brabeck-Letmathe, cité dans le communiqué.

La transaction, qui devra être avalisée par les autorités réglementaires, sera réglée en espèces, a précisé Nestlé.

Elle englobe notamment les marques Restylane, Perlane et Emervel, ainsi qu'une gamme de produits à base d'acide hyaluronique administrés par injection pour tonifier la peau et réduire les rides, dont le laboratoire Galderma détenait déjà les droits au niveau mondial, à l'exception du Canada et des États-Unis.

Valeant en avait acquis les droits de distribution sur ces deux marchés fin 2012 lorsqu'il avait racheté le laboratoire Medicis.

L'opération englobe également la marque Dysport, un traitement à base de toxine botulique commercialisé en Europe sous le nom d'Azzalure, dont Valeant détenait jusqu'à présent des droits pour le marché nord américain. S'y ajoute enfin la marque Sculptura, dont Nestlé va racheter tous les droits.

En février, Nestlé annoncé le lancement d'une nouvelle division dédiée aux soins de la peau, alors que le groupe doit reprendre l'intégralité du laboratoire dermatologique Galderma, qui était jusqu'à présent géré dans le cadre d'une co-entreprise avec le français L'Oréal.

Nestlé avait alors dit vouloir rassembler sous un même toit Galderma et Bübchen, sa marque de soins pour bébé, dès qu'il aura reçu les approbations réglementaires.

«La transaction elle-même est vraiment petite, mais c'est un pas en avant de plus pour pousser cette division qu'ils veulent maintenant élargir», a commenté Michael Romer, analyste chez J. Safra Sarasin, lors d'un entretien téléphonique avec l'AFP.

Dans l'immédiat, il est toutefois encore un peu tôt pour évaluer l'impact sur les ventes de Nestlé à moyen et long terme, a-t-il cependant nuancé.

«Il en faut plus que cela pour déplacer le curseur sur un groupe aussi grand», a-t-il commenté.

Dans une note, Jean-Philippe Bertschy, analyste chez Vontobel, a toutefois salué ce «mouvement stratégique» dans l'esthétique dermatologique.

Dans une récente étude, Jean-Philippe avait mis en lumière que le marché de la dermatologie était estimé à quelques 25 milliards de francs suisses (20 milliards de dollars), les États-Unis pesant à eux seuls environ 10 milliards de dollars (7,3 milliards d'euros).

Sur ce marché en forte expansion, mais encore relativement fragmenté, Galderma prévoit de croître d'environ 8% par an, soit deux fois plus vite que la moyenne de ses concurrents.

«Grâce à sa masse critique et à la puissance financière de Nestlé, Galderma figure aujourd'hui parmi les rares sociétés capables de développer des solutions innovantes en dermatologie», avait fait valoir Jean-Philippe Bertschy, relevant que la société disposait du plus gros budget de recherche et développement du secteur.

L’analyste a par ailleurs souligné que Galderma était, selon lui, passé à côté de certaines opportunités ces dernières années, estimant qu'il n'était pas impossible que celles-ci soient dues à des divergences de vues entre Nestlé et L'Oréal, ce dernier étant moins enclin à dépenser de l'argent sur des produits pour la peau qui n'étaient pas liés à la beauté, son coeur de métier.

«En tant que partie intégrale de Nestlé, nous nous attendons à ce que Galderma soit plus agressive sur le front des fusions et acquisitions», a-t-il prédit.

Nestlé, dont le flux de trésorerie d'exploitation se montait à 15 milliards de francs suisses fin 2013, doit recevoir quelque 3,4 milliards d'euros de L'Oréal suite à la réduction de sa participation dans le groupe de cosmétiques français.

«Je pense que Nestlé fera d'autres acquisitions dans ce domaine et je ne doute pas qu'ils vont devenir un acteur dominant», a pour sa part jugé Jon Cox, analyste chez Kepler Cheuvreux, dans un courriel à l'AFP.