Couple et argent: Le compte est bon?

BUDGET Plus de 50% des Français se disent favorables à la mise en commun de l’épargne et du patrimoine avec leur conjoint, mais près de 50% avouent que l’argent a déjà été un motif de dispute, selon une étude exclusive réalisée pour «20 Minutes»…

Claire Planchard
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Jeune couple tenant ses comptes, illustration.
Jeune couple tenant ses comptes, illustration. — SIERAKOWSKI FREDERIC/ISOPIX/SIPA

En amour on ne compte pas… jusqu’au jour où on règle ses comptes? Selon une étude exclusive réalisée par Yougov pour 20 Minutes*, le porte-monnaie reste un sujet sensible au sein du couple.

Partage et non-dits

De prime abord, argent et amour sont avant tout perçus comme une question de confiance, pas d’arithmétique: 50 % des sondés estiment ainsi que le montant de la contribution de chacun aux dépenses courantes «n’a pas besoin d’être défini» et «qu’il s’équilibre naturellement».

>> A retrouver par ici Comment les couples partagent leurs revenus

Côté banque, 25,9 % estiment que l’abandon des comptes personnels et l’ouverture d’un compte joint unique pour «subvenir à l’ensemble des dépenses communes ou non» est la solution la plus souhaitable. En matière d’épargne et de patrimoine, 52,1 % se disent aussi favorables à une mise en commun avec leur conjoint(e).

«Après une première phase où s’offrir des cadeaux permet de créer du lien dans le couple, la mise en ménage, puis l’arrivée des enfants et l’achat d’un logement renforcent progressivement la mise en commun d’une partie des revenus et du patrimoine. Cela facilite la gestion du quotidien et concrétise la volonté d’équité et de confiance rattachée à l’idéal amoureux contemporain», souligne Caroline Henchoz, maître d’enseignement et de recherche en sociologie à l’université de Fribourg en Suisse et auteur de Le couple, l’amour et l’argent (L’Harmattan, 2008).

Un nouveau fonctionnement dont les règles du jeu sont toutefois rarement explicitées: «Dans la mise en place de l’organisation financière, l’idée d’autorégulation est assez forte: les discussions autour de l’argent sont rares car elles impliquent de revendiquer des intérêts personnels, ce qui est contraire à l’idéal de solidarité et d’intérêt commun poursuivi par le couple», poursuit la sociologue.

Comptes séparés, compte joint… ou les deux

A la faveur de ces «non dits», des espaces de liberté et d’inégalité peuvent alors s’aménager au sein du budget conjugal. Le premier d’entre eux est le compte bancaire personnel qui coexiste avec le compte joint: c’est la solution optimale pour 35,8 %, devant celle des deux comptes séparés (29,6 %)

«Dans de nombreux couples, notamment chez les jeunes, chacun se ménage une poche d’autonomie financière avec une limite assez floue entre les dépenses collectives et les dépenses personnelles. Ainsi des achats pour les enfants qui seront jugés superflus par l’un des conjoints peuvent être payés avec le compte personnel de l’autre, une femme pourra assumer personnellement les dépenses liées à une aide ménagère, ou une plus grande quantité d’argent de poche sera accordée à l’homme parce qu’il consacre plus de temps à son travail, etc.», note Caroline Henchoz.

Un flou qui ne garantit par toujours l’harmonie revendiquée par les partenaires: ainsi, 46,7 % avouent que l’argent a déjà été un motif de dispute dans leur couple, 25 % sans grande importance, 11,6 % assez importante, 4,7 % très importante et 3,4 % un motif de rupture.

«Les gens ne pensent pas que le divorce peut leur arriver»

«Quand on se marie au début fort heureusement tout va bien, mais chacun découvre ses intérêts quand le couple se sépare, a fortiori dans des familles complexes ou recomposées», observe Jean-Michel Boisset. Ce notaire dans le Calvados conseille donc la signature d’un «contrat de mariage sur mesure» avant de convoler, afin de «donner à chacun des époux une plus grande autonomie sur certains biens acquis pendant leur mariage». Une solution jugée bonne «pour protéger ses biens» par 41,9 % des sondés mais que seulement 12,1 % ont pris la peine de formaliser.

«Au moment du mariage, les conjoints sont conscients qu’il y a beaucoup de divorces mais ils ne pensent pas que ça va leur arriver. C’est seulement quand le projet de vie commune disparaît que l’intérêt personnel revient au-devant de la scène», résume Caroline Henchoz. Alors on fait les comptes.

*Etude réalisée en ligne entre le 14 et le 18 mai 2014 par Yougov sur un échantillon de 2.677 personnes représentatives de la population nationale française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas) Rejoignez le panel YouGov