Téléphonie: «Partout en Europe, les marchés reviennent à trois opérateurs»

INTERVIEW Philippe Pestanes, associé Média et Télécoms chez Kurt Salmon, revient sur les mouvements en cours dans le secteur des télécoms...

Propos recueillis par Céline Boff
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Les logos des opérateurs Orange et de Bouygues Telecom
Les logos des opérateurs Orange et de Bouygues Telecom — Ben Stansall AFP

Ca bouge encore dans le secteur de la téléphonie. L'opérateur Orange est en discussion avec son concurrent Bouygues Telecom en vue d'un rapprochement et Numericable, après avoir mis la main sur SFR, s’apprête à prendre le contrôle de Virgin Mobile. 20 Minutes fait le point avec Philippe Pestanes, associé Média et Télécoms chez Kurt Salmon.

Orange et Bouygues sont en train de discuter fusion. Pensez-vous que ce rapprochement va aboutir?

Tout est possible mais si la négociation se conclut, le nouvel ensemble détiendra presque 50% de parts de marché dans le mobile et 45% dans le fixe… L’Autorité de la concurrence exigera donc un certain nombre de contreparties significatives, par exemple l’abandon de fréquences.

En tout cas, la consolidation dans le secteur des télécoms est un phénomène qui s’observe partout en Europe. Les marchés reviennent à trois opérateurs.

Ce scénario serait-il préjudiciable pour les consommateurs tricolores?

Je pense que nous pouvons faire confiance à Free pour continuer à jouer son rôle de trublion, que le marché compte trois ou quatre opérateurs. Mais il faut aussi savoir ce que nous voulons. L’étonnement général quant à la situation de l’emploi dans le secteur des télécoms est pour le moins étonnant… Car il n’est pas du tout surprenant: comment la valeur d’un marché peut-elle s'effondrer sans que cette évolution n’ait de conséquence sur l’emploi?

Justement, quel serait l’impact social d’une fusion Orange-Bouygues?

Une fusion est toujours réalisée dans une optique de synergie et donc de gestion des doublons en termes de salariés. Ce qu’il y a de positif dans ce rapprochement éventuel, c’est la pyramide des âges chez Orange. Chaque année, 5.000 salariés partent à la retraite… Cela rend l’opération d’autant plus envisageable. Sans compter que l’Etat est actionnaire d’Orange, il sera forcément attentif à la question des emplois.

Ensuite, il faut rappeler que les opérateurs doivent multiplier en permanence de nouveaux investissements dans de nouvelles technologies. Pour y parvenir dans un contexte de baisse des prix –ils ont chuté de 30% en deux ans-, ils doivent atteindre une certaine taille. La consolidation est donc nécessaire.

La meilleure solution ne serait-elle pas un mariage Bouygues-Free?

Tout est possible. Mais ces deux groupes sont très éloignés l’un de l’autre que ce soit en termes de culture, de management, de technologies. Un rapprochement entre Bouygues et Free me semble par conséquent plus difficile.

Pourquoi Numericable s'intéresse-t-il à Virgin Mobile?

Parce qu'il veut encore accroître son portefeuille clients et ainsi amortir ses investissements à venir. Et Numericable sait que s’il ne rachète pas Virgin Mobile, l’un de ses concurrents le fera…

L’arrivée de Free a rendu très difficile la survie des MVNO. Sauf à se positionner sur des niches très précises, par exemple en ciblant une communauté, l’avenir de ces acteurs semble compromis. Il va donc y avoir de nouveaux mouvements dans ce segment.