Le Portugal se rêve en nouvel eldorado des retraités français

INVESTISSEMENT Les organisateurs du Salon de l’immobilier portugais qui ouvre ce vendredi à Paris tablent sur 20.000 installations d’ici à 2015…

Claire Planchard

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Immeuble décoré d'Azuelos à Lisbonne.
Immeuble décoré d'Azuelos à Lisbonne. — FRANCISCO LEONG / AFP

Le Portugal, nouveau «paradis fiscal» des retraités étrangers? C’est l’espoir de la Chambre de commerce et d’industrie franco-portugaise qui organise du 16 au 19 mai la troisième édition de son salon de l’immobilier portugais, Porte de Versailles à Paris.

Retraites exonérées pendant dix ans

Outre ses prix très attractifs (quatre à six fois moins cher que l’immobilier français après une chute de 30 % au plus fort de la crise), le pays peut faire valoir depuis le 1er janvier 2013 un argument fiscal de poids: le statut de «résident fiscal non habituel» qui garantit pendant dix ans une exonération totale d’impôt sur les revenus sur les pensions privées perçues par les retraités étrangers. Pour en bénéficier, il est nécessaire de résider au moins 183 jours par an au Portugal et de ne pas y avoir été résident fiscal dans les cinq ans précédents… mais aussi que l’administration fiscale française le reconnaisse: «Si vous percevez beaucoup de revenus fonciers en France, qu’une grande partie de votre famille y vit toujours et que vous y avez conservé une résidence, ça ne marchera pas. Il faut au moins vendre sa résidence principale», prévient Maître Xavier Rohmer, avocat associé du cabinet August & Debouzy, à Paris. Mais si ce statut du côté français est validé, c’est alors la garantie d’une exonération d’ISF (inexistant au Portugal) et d’impôt sur les pensions privées pendant dix ans, «soit un gain de pouvoir d’achat de 25-30 % pour environ 90.000 euros de pensions annuelles, sans compter le fait que la vie au Portugal est moins chère qu’en France», note cet avocat.

Et ça marche: de mai 2013 à mars 2014, la CCIFP a enregistré 2.200 Français bénéficiant de ce statut au Portugal. D’ici à fin 2015, elle table sur 20.000 nouvelles arrivées. «Fuir la pression fiscale est très certainement la motivation principale de nos clients français qui ont majoritairement entre 60 et 65 ans. Mais ils sont également soucieux de mettre à l’abri leur patrimoine et espèrent ainsi augmenter leur pouvoir d’achat tout en profitant d’une meilleure qualité de vie», confirme Nathalie Gabirro, co-fondatrice de EJAN Property, l’agence immobilière francophone installée depuis mars 2013 à Lagos en Algarve, région située au sud du Portugal et actuellement très prisée par les retraités Français.

«Besoin de confiance»

Autre force de cet engouement: les retraités issus de l’immigration lusitanienne des années 70 ne constitueraient qu’une minorité de ces candidats à l’exil fiscal portugais. «J’ai de plus en plus de clients intéressés par ce statut de résident non habituel, dont pas mal de couples mixtes mais aussi des Français qui n’ont pas de liens familiaux avec le pays qu’ils découvrent parfois complètement», confie Francisca Castro, notaire franco-portugaise à Esposende dans la région de Porto (Nord du pays). Mais tous affichent «un grand besoin de confiance», pour franchir le pas.

Subtilité des ventes conclues sous seing privé (le notaire n’est pas obligatoire au Portugal), difficulté à trouver un financement auprès de banques portugaises (qui offrent des biens séduisants à la vente mais aussi des taux d’intérêt bien plus élevés qu’en France), et démarches fiscales à haut risque pour échapper aux foudres des services fiscaux français: mieux vaut en effet être accompagné dans les étapes de son projet. Et c’est précisément l’objectif du salon organisé à Paris. Agences immobilières, banques, avocats fiscalistes ou notaires, pas moins de 114 exposants sont attendus cette année, soit deux fois plus que l’an dernier.

«Aujourd’hui le marché immobilier repart à la hausse et on sent les prémices de la reprise au Portugal. Le pays va même sortir de la tutelle financière de la troïka pendant le salon, c’est un très bon signal pour les investisseurs», se félicite Carlos Vinhas Pereira, président de la CCIFP.