Toutes les clés pour devenir un entrepreneur «social »

Souhir Bousbih

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Mathieu Dardaillon et Jonas Guyot entourent Muhammad Yunus, économiste et prix Nobel de la paix en 2006. 
Mathieu Dardaillon et Jonas Guyot entourent Muhammad Yunus, économiste et prix Nobel de la paix en 2006.  — Mathieu Dardaillon et Jonas Guyot

La morosité économique ambiante n’a pas plombé leur ambition de bousculer l’ordre des choses. Bien au contraire, elle l’a renforcée. Mathieu Dardaillon et Jonas Guyot, 23 et 24 ans, deux jeunes en quête d’un monde plus équitable, se sont rencontrés sur les bancs de l’ESCP Europe en 2009. Moyennement emballés par leur cours, ils se lancent dans un road-trip à travers le monde avec un objectif en tête: rencontrer des hommes et des femmes qui ont su créer leur entreprise, en alliant intérêts économiques et sociaux. Pendant trois ans, ils ont multiplié les expériences et publient ce lundi, aux éditions Rue de l’échiquier, « À la Rencontre des entrepreneurs qui changent le monde ».

Des « missionnaires » de l’humanité

Comme Sylvain Darnil et Mahieu Le Roux avant eux, les deux jeunes hommes brossent une galerie de portraits 'hommes et de femmes engagés. Pas dans le développement durable cette-fois ci, mais dans l'entreprenariat « social ». « C’est l’alliance de la philanthropie d’une ONG et des méthodes de l’entreprise pour pérenniser l’activité et changer d’échelle» résume Jonas.

Antonio Meloto est un modèle dans le genre. Ancien cadre dirigeant dans une multinationale, il a tout abandonné pour se mettre au service des plus démunis en créant l’ONG Gawad Kalinka. Après une immersion de plusieurs mois dans un bidonville de Manille, il se fixe un objectif des plus ambitieux: éradiquer la pauvreté dans son pays en 25 ans. «  Ce qu’il a fait est extraordinaire.  Il a mis en place un programme de développement, qui  a permis à ce jour de construire 2000 villages où sont relogés d’anciens habitants de bidonvilles. Grâce à un éco-système développé en parallèle, ces derniers subviennent à leurs besoins grâce à l’artisanat et à l’agriculture », poursuit Jonas, qui détaille plus largement son parcours dans le livre.

Au Sénégal, un vétérinaire de 28 ans, Baghoré Bathily, a lui fait le choix de valoriser la production laitière: « Un tiers des Sénégalais vit de l’élevage, mais 90% du lait consommé est importé. Les éleveurs ne commercialisent pas leur lait car ils n’ont pas de connexion avec le marché. Baghoré a fondé La Laiterie du Berger pour collecter ce lait et le transformer en produits laitiers. Ils sont ensuite revendus sur le marché local, et tous les bénéfices reviennent aux Sénégalais.» Et même si durant sept ans l’entreprise n’a pas marché, elle est enfin devenue solvable à l’été 2013.

« Redonner de l’espoir»

Jonas en est convaincu : la France a tous les atouts pour s’engager davantage dans entrepreneuriat social: «  Notre livre se veut comme un manuel. On montre qu’on peut être jeune, se lancer dans ce domaine et réussir, peu importe son profil. Dans le consommer local et la réinsertion par exemple, il y a matière à creuser. Même quand un parcours semble tout tracé, il ne faut pas hésiter à s'engager.»