Un an après la fermeture des hauts-fourneaux, Florange regarde vers l’avenir

Manuel Pavard

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Le site d’ArcelorMittal à Florange (Moselle) le 23 février 2012.
Le site d’ArcelorMittal à Florange (Moselle) le 23 février 2012. — DESSONS/JDD/SIPA

Le 24 avril 2013, la fermeture des hauts-fourneaux de Florange, fleuron de la sidérurgie française, tournait, après 20 mois de lutte sociale, une page de l’histoire industrielle de la Lorraine. Un an après, où en est le site mosellan d’ArcelorMittal? Côté social, «il n’y a eu aucun licenciement et tout le personnel qui devait être reclassé l’a été», se félicite Henri-Pierre Orsoni, directeur général d’Arcelor-Mittal Atlantique et Lorraine. Sur les 629 salariés concernés de la filière liquide, 330 ont changé d’activité, 19 ont été mutés sur d’autres sites du groupe et les autres partiront petit à petit à la retraite en 2014 et 2015.

Discours différents à la CGT et à la CFDT

La CGT, qui n’a pas signé l’accord social de mai 2013, est, elle, plus mitigée. Lionel Buriello, secrétaire général CGT d’ArcelorMittal, trouve «acceptable l’accompagnement orchestré pour les anciens», mais «clairement insuffisantes les mesures prises pour les deux tiers qui restent. On s’est battu pour maintenir l’activité et nos compétences et ça reste des suppressions d’emplois. Ces salariés sont en pleine reconversion, certains avec des pertes de revenus, et parfois avec un état psychologique alarmant. Quand on a travaillé 35 ans dans les hauts-fourneaux et qu’on se retrouve sur un autre métier, c’est compliqué.»

A la CFDT, seule signataire avec la CFE-CGC, le discours est différent. «Il reste une dizaine de cas à régler mais la quasi-totalité du plan est réalisée, estime Patrick Auzanneau, représentant syndical national CFDT d’ArcelorMittal. On est globalement satisfait, même si la filière chaude est à l’arrêt. On a certes perdu encore une fois un outil mais sur la partie industrielle, on a des avancées. Les investissements prévus se réalisent.»

ArcelorMittal investit dans l’acier pour automobile et emballage

Dans l’accord conclu le 30 novembre 2012 avec le gouvernement, ArcelorMittal s’engageait à investir 180 millions d’euros en cinq ans dans ses activités à froid (automobile et packaging). «L’arrêt de la filière liquide ne signifiait pas l’arrêt de Florange, rappelle Pierre-Henri Orsoni. Le site a construit un projet industriel soutenu par un plan d’investissements sur deux filières de production: l’acier Usibor pour automobile et l’acier pour emballage.» D’après le dernier bilan, «116 millions d’euros ont été lancés, dont 60 millions déjà intégrés aux comptes.»

«Aujourd’hui, poursuit Pierre-Henri Orsoni, le niveau d’activité est revenu au même niveau qu’avant la crise, en 2007, bien qu’il y ait en Europe 20% de consommation en moins. La production d’Usibor a doublé en deux ans.» De «bonnes nouvelles» pour Patrick Auzanneau: «les commandes commencent à revenir mais les prix restent bas. Au moins, l’accord garantit les installations en France pour quatre ans.»

Lionel Buriello avoue en revanche de «grosses inquiétudes pour la pérennité du site. On a l’impression que la direction restructure en prenant l’excuse des pertes de compétence. Fin 2015, il y aura 550 départs (sur 2200 salariés au total) mais on a zéro embauche.» Pierre-Henri Orsoni annonce «l’engagement d’une trentaine de CDD dans les semaines à venir» et assure que «la page est tournée. L’arrêt de la phase liquide était nécessaire. On a recentré la production sur les installations les plus compétitives.»