Pour l'OFCE, le sérieux budgétaire n'aidera pas l’emploi

SOCIAL Le chômage va continuer de progresser cette année, d’après les prévisions pour 2014-2015 dévoilées ce jeudi par l’Observatoire français des conjonctures économiques…

Céline Boff
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Une femme rentre dans une agence Pôle Emploi en France
Une femme rentre dans une agence Pôle Emploi en France — Philippe Huguen AFP

Le pacte de responsabilité va-t-il inciter les dirigeants à créer de l’emploi? Pas vraiment, si l’on en croit les prévisions de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Car les allégements fiscaux accordés par le gouvernement vont avant tout permettre aux entreprises d’ajuster leurs capacités de production et de restaurer progressivement leurs taux de marge, qui sont au plus bas.

190.000 salariés «en trop» dans les entreprises

«Ils sont plus dégradés que dans les autres pays de la zone euro, car les entreprises françaises ont moins ajusté leurs forces productives. Par exemple, en réduisant le temps de travail de leurs salariés comme l’ont fait les entreprises allemandes, ou en diminuant les salaires, comme cela a été réalisé dans les pays de l’Europe du Sud», explique l’économiste Eric Heyer.

Résultat: il y aurait à l’heure actuelle encore 190.000 salariés «en trop» dans les entreprises françaises par rapport à leurs activités réelles. Ces emplois seraient surtout concentrés dans les industries.

La demande étant par ailleurs toujours faible, les destructions d’emplois vont donc se poursuivre cette année et l’an prochain. Concrètement, en 2014 et en 2015, 120.000 emplois devraient disparaître. Nous sommes toutefois très loin du niveau atteint en 2012, année pendant laquelle 255.000 emplois avaient été détruits.

L’impact des politiques emploi

Il faut également noter que les politiques de l’emploi lancées par le gouvernement, notamment à travers le Crédit impôt compétitivité emploi (CICE), mais également avec les emplois d’avenir ou encore les contrats de génération, ne sont pas inefficaces selon l’OFCE: «Sans ces mesures, le chômage serait supérieur d’un point», avance Eric Heyer.

Toutefois, pour que les entreprises recommencent réellement à embaucher, «il faudrait une forte croissance», insiste l’économiste. Or, cette croissance devrait être plutôt faible, principalement à cause du sérieux budgétaire.

Avec les dernières mesures annoncées mercredi par Manuel Valls, et notamment le supplément d’austérité de 4 milliards cette année, la croissance devrait atteindre 1 % en 2014 estime l’OFCE. Le déficit public tomberait alors à 3,6 % et la France respecterait ainsi son engagement européen. Par contre, ce programme ferait progresser le chômage de 0,1 point (à 10,1 %).

L’euro fort nuit à l’emploi français

En 2015, le chômage commencerait enfin à baisser (10 %), la croissance serait elle aussi plus favorable (1,5 %), mais la France ne parviendrait pas à tenir sa parole: son déficit tomberait à 3,1 %… Au lieu des 2,8 % promis à Bruxelles.

Un autre élément reste à surveiller: l’euro. Si notre monnaie continue de s’apprécier par rapport aux autres devises, le chômage pourrait s’accroître davantage. L’OFCE estime que ces 18 derniers mois, la hausse de la valeur de l’euro aurait déjà entraîné la destruction de 53.000 emplois en France…